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Société

Crise sécuritaire au Sahel : Le Bénin franchit une nouvelle barre de nombre de réfugiés (les détails)

Le nombre de personnes déplacées de force au Bénin atteint 85 249 à fin juin 2026. Les départements de l’Alibori et de l’Atacora concentrent l’essentiel des réfugiés et demandeurs d’asile, dans un contexte marqué par l’insuffisance des financements humanitaires.

Le Bénin fait face à une pression croissante liée aux déplacements de populations provoqués par l’insécurité dans les pays voisins. Entre janvier et juin 2026, 8 400 nouveaux réfugiés et demandeurs d’asile ont été enregistrés sur le territoire national, selon la dernière fiche semestrielle du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

À fin juin, le pays comptait 85 249 personnes déplacées de force, dont 42 840 réfugiés et demandeurs d’asile et 42 409 personnes déplacées internes. Une situation qui traduit les conséquences persistantes des crises sécuritaires au Sahel et dans certaines régions frontalières du nord du Nigeria.

L’Alibori et l’Atacora sous forte pression

Les départements septentrionaux concentrent la grande majorité des réfugiés et demandeurs d’asile. L’Alibori en compte 20 930 et l’Atacora 18 635, soit plus de 92 % de cette population.

Le Burkina Faso demeure le principal pays d’origine, avec 27 397 ressortissants accueillis au Bénin. Il est suivi du Niger, avec 6 272 personnes, et du Togo, avec 4 782.

Les mouvements de population concernent notamment Porga, dans l’Atacora, où des arrivées sont enregistrées en provenance du Burkina Faso par l’axe Koualou-Kourou. Ségbana et Kalalé sont également concernées. Dans la Donga, de nouvelles dynamiques apparaissent notamment à Partago et Djougou.

La crise provoque également des déplacements à l’intérieur du Bénin. En juin dernier, 2 841 personnes ont été évacuées en urgence dans la commune de Matéri.

L’identification, un autre défi

Au-delà de l’accueil, la documentation des personnes déplacées demeure une préoccupation majeure. Malgré l’ouverture d’annexes du Secrétariat permanent de la Commission nationale pour les réfugiés et apatrides (SP-CNRA) à Natitingou et Kandi, les besoins restent importants.

Le HCR fait état de 16 463 réfugiés reconnus sans carte d’identité valide, tandis que près de 12 400 demandeurs d’asile attendent encore leur enregistrement formel.

La situation est particulièrement préoccupante chez les enfants. Selon le monitoring de protection réalisé par l’ONG CIAUD, 90 % des enfants des ménages suivis ne disposent d’aucun acte de naissance de leur pays d’origine.

Pour améliorer leur identification, le HCR et les autorités béninoises travaillent notamment à l’intégration biométrique des personnes concernées au Registre national des personnes physiques et au renforcement des services d’état civil.

83 % des financements encore attendus

La prise en charge de ces populations reste toutefois confrontée à une importante insuffisance de ressources. Sur les 44,2 millions de dollars nécessaires en 2026 pour les interventions d’urgence dans les pays côtiers du Golfe de Guinée, seulement 7,3 millions de dollars, soit 17 %, avaient été mobilisés à fin juin.

Cette situation affecte notamment les programmes destinés à favoriser l’autonomie économique des réfugiés. À Natitingou, le lancement des formations professionnelles du projet ProFop, dans des domaines tels que le maraîchage, l’agro-transformation et la mécanique agricole, a ainsi été reporté au second semestre en raison du manque de ressources pour assurer le transport et la restauration des apprenants.

Face à la perspective d’un retour qui pourrait tarder pour une partie des populations déplacées, les autorités et leurs partenaires misent désormais davantage sur l’intégration économique et l’autonomisation.

La Stratégie nationale de subsistance 2026-2029 doit notamment favoriser cette orientation, avec la recherche d’accords fonciers entre collectivités, propriétaires terriens et demandeurs d’asile.

Pour le Bénin, l’enjeu est désormais double : maintenir une capacité d’accueil adaptée à une crise régionale qui s’installe dans la durée et permettre aux populations déplacées de retrouver progressivement leur autonomie et de participer à la vie économique des communautés qui les accueillent.

François D’Assise BATCHOLA

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