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Politique

Diplomatie économique/retraite stratégique d’Afreximbank à Addis-Abeba : Comment le Bénin transforme une tribune en levier d’influence

En s’installant, ce lundi 13 juillet, au panel inaugural de la retraite stratégique d’Afreximbank, Romuald Wadagni a inscrit le Bénin dans la conversation qui façonnera, pour les années à venir, les grands guichets de financement du continent. Décryptage d’une présence qui n’a rien d’improvisé.

Dans la géographie feutrée du pouvoir financier africain, il est des rendez-vous qui pèsent davantage que les sommets les plus médiatisés. La retraite stratégique d’Afreximbank, ouverte ce lundi 13 juillet à Addis-Abeba, est de ceux-là. Quatre jours durant, la banque panafricaine d’import-export y façonne son plan stratégique VII, la feuille de route qui orientera, pour les années à venir, des milliards de dollars de financements destinés au continent. Et c’est à la table du panel inaugural que le Bénin a choisi de se faire entendre, par la voix de son président, Romuald Wadagni.
Le choix n’a rien d’anodin. Dans un contexte de « monde fracturé » et de déglobalisation accélérée, Afreximbank entend transformer les turbulences internationales en levier de transformation structurelle pour l’Afrique. Trois priorités structurent sa réflexion : la transformation locale des minerais stratégiques, la création de zones économiques spéciales réellement compétitives et la numérisation transfrontalière des échanges, notamment via le système panafricain de paiement et de règlement, le PAPSS.

Être dans la salle où les priorités se décident
Sur chacun de ces axes, le Bénin a des cartes à jouer. Sa zone industrielle de Glo-Djigbé incarne le pari des chaînes de valeur locales que la banque veut ériger en modèle. Sa diplomatie économique, depuis l’installation du nouveau pouvoir, a fait du renforcement des partenariats financiers internationaux un marqueur assumé. En plaçant son président au cœur du débat inaugural, Cotonou ne cherche pas seulement la lumière : il s’assure d’être dans la pièce où les grandes orientations se dessinent, avant qu’elles ne se traduisent en guichets de financement.
Car là réside l’enjeu véritable. Les trois journées de travaux internes qui suivent le panel, consacrées à la priorisation stratégique de la banque, se dérouleront sans les chefs d’État. Mais les priorités qui en sortiront porteront la marque des voix entendues en ouverture. Faire valoir, dès le premier jour, les intérêts de développement de l’Afrique de l’Ouest, c’est peser en amont, quand tout reste ouvert, plutôt que de commenter en aval des arbitrages déjà scellés.

Une puissance de feu financière et normative
L’enjeu se mesure à l’aune de ce que pèse Afreximbank. Avec un total de bilan et d’engagements conditionnels de 48,5 milliards de dollars fin 2025, en hausse de 21 % sur un an, des prêts et avances nets de 33,5 milliards et un résultat net de 1,2 milliard, la banque du Caire s’est imposée comme l’une des principales institutions financières multilatérales du continent. Le classement Bloomberg 2025 la sacre premier arrangeur sur le marché africain des prêts syndiqués, avec près d’un quart des transactions.
Sa puissance n’est pas que financière, elle est aussi normative. Le PAPSS, qu’elle a conçu et que l’Union africaine a adopté comme infrastructure continentale de référence, redessine la manière dont les paiements circulent entre pays africains. Son fonds d’ajustement de 10 milliards de dollars, mis en place avec l’Union africaine, accompagne les États dans la mise en œuvre de la zone de libre-échange continentale. Occuper une place reconnue dans les délibérations d’une telle institution, c’est influer sur les règles autant que sur les flux.

Un positionnement de long terme
Pour le Bénin, la tribune d’Addis-Abeba s’inscrit ainsi dans une stratégie patiente. Il ne s’agit pas d’un coup diplomatique isolé, mais d’un jalon supplémentaire dans la construction d’une influence financière régionale. Un pays de taille moyenne, dépourvu de rente pétrolière massive, ne peut prétendre au poids que confèrent la démographie ou les ressources. Il lui reste l’agilité, la crédibilité de sa gestion et la capacité de ses dirigeants à se rendre indispensables dans les enceintes qui comptent.
En associant son président à ce débat sur les pièges de l’industrialisation, Afreximbank ne convoquait pas un simple allié diplomatique : elle reconnaissait l’expérience d’un État qui a fait des choix et accepté d’en discuter les fragilités. Pour Cotonou, cette apparition ciblée à la table des grandes signatures vaut, à elle seule, toutes les déclarations d’intention. La véritable partie se jouera dans les mois à venir, lorsque s’ouvriront les guichets que la retraite d’Addis-Abeba aura contribué à dessiner.

Worou MERE

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