*C’est Abt qui risque l’effondrement de son parti s’il s’entête à soutenir les geckos
Le défaut majeur du président Patrice Talon, est sans doute, son côté profondément humain. Un bon papa comme on le dit dans le langage familier. Il n’a jamais su durablement écarter un enfant du bifteck ou des responsabilités, sauf en cas de faute particulièrement grave. Et même dans ces situations, les concernés ne disparaissent jamais totalement de son estime. Le chef de l’État est un homme sensible à la repentance, et c’est précisément ce que beaucoup lui reprochent aujourd’hui.
Cette attitude explique d’ailleurs la longévité de plusieurs de ses collaborateurs au sein de l’appareil d’État, pendant que d’autres cadres, pourtant compétents et tout aussi réputés pour leur efficacité, attendent toujours leur tour pour servir la République.
C’est justement sur cette sensibilité du président Talon que certains ministres surfent pour tenter de revenir dans le nouveau et premier gouvernement de l’ère Wadagni. Ayant appris que, par respect pour son chef, le président élu souhaiterait bénéficier de l’accompagnement du chef de l’État sortant dans la formation de sa première équipe gouvernementale, plusieurs ont entrepris de multiplier les pleurs et les supplications afin d’être reconduits.
Conscients de cette faiblesse du président Talon, certains d’entre eux jouent sur la carte du parti, de la région, en exerçant la même pression sur le président Abdoulaye Bio Tchané pour défendre leur cause aussi bien auprès du président Talon que du président nouvellement élu. Ils n’ont même plus honte. Le Bénin constitue pour eux leur ruche de miel.
Après avoir passé au gouvernement 10 ans pour certains, 08 pour d’autres, ils voudraient encore rester aux affaires, comme si le Bénin manquait de compétences capables d’assumer des fonctions ministérielles. Heureusement que le président Talon n’est pas favorable, cette fois-ci, à leur volonté, ni à ignorer la réalité du contexte.
Car ces messieurs et dames ne reviennent pas nécessairement pour accompagner efficacement le jeune président élu, qu’ils ont d’ailleurs soutenu par défaut. Un homme qu’ils n’avaient jamais respecté parce que le jugeant trop occupé à servir le chef du gouvernement dont il respectait les directives prioritaires tout en imposant une stricte orthodoxie dans la gestion des finances publiques. Une méthode qui dérangeait certains de ses collègues ministres.
À l’époque, plusieurs n’hésitaient pas à le critiquer ouvertement ou à se plaindre de lui auprès du ministre d’État Abdoulaye Bio Tchané, sachant qu’ils n’obtiendraient aucun arbitrage de faveur du président Talon. Aujourd’hui pourtant, les voilà devenus de fervents admirateurs de Romuald Wadagni et de sa méthode, au point de vouloir encore passer plusieurs années à ses côtés, comme s’ils étaient les seuls aptes à gouverner, les seuls à avoir une tête de ministre.
Si ces derniers reviennent, que le président Abdoulaye Bio Tchané sache que ça va tanguer à la tête et au sein du parti. Les autres ne sont pas venus à Cotonou uniquement pour contempler la mer. Ils ont aussi une tête à servir la République à des postes de hautes responsabilités.
Le président Talon est donc placé face à un choix délicat. Il doit désormais arbitrer entre deux générations politiques : les anciens collaborateurs qui souhaitent se maintenir, et les nouvelles figures qui aspirent à émerger autour du président élu.
S’il cède à la pression des « éternels ministres », certains estiment qu’il risquerait de fragiliser son propre héritage politique et de compliquer la tâche de celui qu’il a contribué à porter au sommet de l’État. Romuald Wadagni ne pourra pas imposer sa vision avec ces requins qui ont de surcroît développé d’autres aptitudes opportunistes en l’occurrence celle du gecko, s’agripper au mur du gouvernement à vie quand on sait que plusieurs d’entre eux n’ont jamais réellement accepté son ascension.
Si le président Talon souhaite véritablement voir son successeur faire mieux que lui, alors il devra lui donner la liberté de travailler avec de nouvelles figures, de nouveaux profils et une nouvelle dynamique.
Les anciens ministres, eux, n’ont jamais totalement digéré le choix porté sur Romuald Wadagni pour conduire les destinées du pays.
À suivre…
Aboubakar TAKOU



