*Une déclaration de politique générale sous tension
C’est dans un climat de vives tensions politiques que le Premier ministre sénégalais, Ahmadou Al Aminou Lô, a prononcé ce mardi 8 septembre 2026 sa Déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale. Nommé le 25 mai dernier, le chef du gouvernement a exposé sa feuille de route pendant plus de deux heures, sous le regard attentif de son prédécesseur et désormais président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko.
Un discours d’apaisement face au clivage institutionnel
Conscient des dissensions qui traversent l’exécutif entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, le Premier ministre a tenu à rappeler dès l’ouverture de son intervention qu’« au Sénégal, les institutions priment sur les personnalités ». Déplorant un « climat de clivage politique extrême et de violence verbale », il a lancé un appel au rassemblement pour « placer le pays au-dessus d’un camp ».
Tout en affichant sa volonté de s’inscrire dans la continuité du programme économique « Sénégal 2050 » initié par le tandem Faye-Sonko, Ahmadou Al Aminou Lô entend imposer sa propre méthode.
Realpolitik et reprofilage de la dette
Sur le plan économique, le constat dressé par le chef du gouvernement est sans concession : le Sénégal fait face à une dette vertigineuse de 132 % du PIB, avec près de 8 millions de personnes (soit 40 % de la population) vivant dans la pauvreté et la vulnérabilité. Face à une croissance ralentie à 2,2 % en 2025, des rentrées fiscales inférieures aux prévisions et l’impact du choc pétrolier lié au conflit en Iran, le Premier ministre a rejeté toute « politique de l’autruche » selon Rfi.
Pour redresser la santé financière du pays, Ahmadou Al Aminou Lô préconise un recours au Fonds monétaire international (FMI) et une renégociation de la dette avec les créanciers. « L’autarcie n’existe pas, on a besoin de l’étranger », a-t-il défendu, tout en assurant qu’il n’y aura aucun « ajustement sauvage » ni réduction des dépenses sociales destinées aux populations les plus démunies.
Un accueil sceptique sur les bancs de l’Assemblée
La stratégie du Premier ministre est loin de faire l’unanimité au Parlement. Les députés du Pastef, parti majoritaire dont est issu Ousmane Sonko, se sont montrés particulièrement critiques. Plus de 54 d’entre eux ont vivement contesté le choix de reprofiler la dette, accusant le gouvernement de « céder au diktat de l’impérialisme et du FMI » plutôt que de privilégier les réformes fiscales internes.
Du côté de l’opposition, la coalition Takku Wallu a dénoncé un discours sans engagements nouveaux, le qualifiant de simple suite de « slogans et de vœux pieux ».
En clôture des huit heures de débat, le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a réaffirmé que tous les accords internationaux feraient l’objet d’un contrôle parlementaire strict, évitant toutefois de mentionner le dépôt d’une éventuelle motion de défiance.



