Le président américain Donald Trump a annoncé vendredi 15 mai 2026 que les forces des États-Unis et du Nigeria ont éliminé un haut responsable de l’organisation État islamique (EI), lors d’une opération menée dans le bassin du lac Tchad.
La cible de cette frappe est Abu-Bilal al-Minuki, présenté par Donald Trump comme le « numéro deux » de l’EI dans le monde. L’annonce a été faite sur son réseau Truth Social : « Ce soir, sur mes instructions, les courageuses forces américaines et les forces armées du Nigeria ont mené à la perfection une mission méticuleusement planifiée et très complexe afin d’éliminer du champ de bataille le terroriste le plus actif au monde. »
Selon le président américain, la mort du jihadiste a permis une réduction « considérable » des capacités opérationnelles de l’EI. « Il ne terrorisera plus la population africaine ni ne contribuera à planifier des opérations visant des Américains », a-t-il ajouté.
Un ancien de Boko Haram, artisan du ralliement à l’EI
Abu-Bilal al-Minuki avait été placé sous sanctions américaines en 2023 pour ses liens avec l’EI. Âgé d’environ 44 ans et originaire de l’État de Borno, dans le nord-est du Nigeria, il était un ancien membre de Boko Haram. Il a joué un rôle clé dans le ralliement d’une faction du groupe à l’EI, avant qu’une scission ne donne naissance à l’État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap).
Il était le haut responsable de la division du lac Tchad de l’EI. Un rapport du Conseil de sécurité des Nations unies daté de février 2026 émettait l’hypothèse qu’il était peut-être devenu chef de la direction générale des provinces de l’EI après la mort d’Abu Khadidja en mars 2025 en Irak.
Un coup dur pour les filiales africaines, selon les experts
Interrogé par France 24, le spécialiste du jihadisme Wassim Nasr nuance toutefois le rang attribué par Donald Trump. Si al-Minuki était « l’homme clé de la relation entre les filiales Afrique de l’Ouest et Sahélienne de l’EI », ce qui constitue « un coup dur pour les deux filiales », Wassim Nasr infirme qu’il occupait le poste de numéro deux de l’organisation mondiale.
Du côté nigérian, le président a salué une « collaboration efficace dans la lutte contre le terrorisme ». « Du jour au lendemain, le Nigeria et les États-Unis ont enregistré un exemple significatif de collaboration efficace dans la lutte contre le terrorisme », s’est-il félicité, ajoutant attendre « avec impatience des frappes plus décisives contre toutes les enclaves terroristes à travers le pays ».
Une vulnérabilité exposée, mais un revers temporaire ?
Pour Malik Samuel, chercheur à Good Governance Africa, cette opération réussie est avant tout liée à la supériorité technologique américaine. « Le groupe est plus fort aujourd’hui que jamais. L’attaque était davantage liée à la technologie de pointe et à l’expérience des forces américaines. Cela expose la vulnérabilité des jihadistes. Mais tuer une seule personne n’est pas suffisant. Cela peut être un revers temporaire », a-t-il nuancé au micro de notre correspondante à Lagos.
Des opérations conjointes en hausse
Cette frappe s’inscrit dans une série d’opérations conjointes entre Abuja et Washington. L’armée américaine avait déjà mené le jour de Noël 2025 des frappes dans l’État de Sokoto, visant des jihadistes de l’EI. Le Pentagone a par ailleurs accru son partage de renseignements, accéléré les ventes d’armes et déployé 200 soldats pour former les troupes nigérianes.
Donald Trump affirme par ailleurs que les chrétiens du Nigeria sont « persécutés » et victimes d’un « génocide », une position fermement rejetée par Abuja et la majorité des experts, les violences touchant indifféremment chrétiens et musulmans.
Depuis son démantèlement en Irak et en Syrie en 2017, l’organisation État islamique a déplacé le gros de ses activités sur le continent africain, où ses affiliés restent actifs au Niger, au Burkina Faso et au Mali.



