*Ce que l’on sait de la frappe américano-vénézuélienne
Ce n’est pas une reddition, ni une arrestation discrète. C’est une élimination chirurgicale. Vendredi 12 juin, Héctor Rusthenford Guerrero Flores, alias « Niño Guerrero » (« enfant guerrier »), le tristement célèbre chef du Tren de Aragua, a été tué lors d’une opération conjointe entre les États-Unis et le Venezuela, dans le sud du pays.
L’information, d’abord publiée par Donald Trump sur sa plateforme Truth Social, a ensuite été confirmée par le gouvernement vénézuélien, désormais dirigé par la présidente par intérim Delcy Rodríguez depuis la capture de Nicolás Maduro par les États-Unis en janvier dernier.
« Le Commandement sud des États-Unis a mené une frappe rapide et létale pour éliminer Niño Guerrero », a écrit Donald Trump, accompagnant son message d’une vidéo de dix secondes montrant une vue aérienne d’un bâtiment au toit vert, avant qu’une explosion n’emporte les lieux dans un épais nuage de fumée.
Selon le communiqué du ministère vénézuélien des Communications, des « affrontements ont eu lieu avec des membres de ces structures criminelles » dans le cadre d’une opération combinée ayant permis de démanteler plusieurs réseaux du crime organisé. C’est au cours de ces échanges de tirs que Niño Guerrero a été « neutralisé ».
Un parcours criminel hors norme
Âgé de 42 ans, Héctor Rusthenford Guerrero Flores était devenu l’un des criminels les plus recherchés d’Amérique latine. À la tête du Tren de Aragua, un gang formé en 2014 dans l’État d’Aragua (ouest de Caracas), il avait transformé une simple prison, celle de Tocorón, en véritable forteresse et quartier général.
Selon un rapport du centre d’analyse Insight Crime, c’est depuis sa cellule que Niño Guerrero a bâti son empire. Sous sa direction, Tocorón est « devenue l’une des prisons les plus tristement célèbres du pays », où le gouvernement vénézuélien avait laissé les chefs criminels, appelés « pranes », exercer un contrôle quasi total.
En 2025, un tribunal de New York l’avait inculpé, ainsi que 69 autres membres présumés du gang, pour avoir « ordonné, dirigé et facilité des actes de terrorisme et des violences » sur le sol américain. Le département d’État offrait alors une récompense de cinq millions de dollars pour toute information menant à sa capture.
Trafic, meurtres, extorsion : un gang tentaculaire
Le Tren de Aragua ne se limite pas au Venezuela. Selon des rapports du renseignement, l’organisation s’est étendue à huit pays d’Amérique du Sud, devenant l’une des principales menaces criminelles du continent. Considéré par Washington comme une organisation terroriste, le gang est accusé de traite d’êtres humains, d’assassinats, d’enlèvements, de vols, de trafic de drogue, d’extorsion et même d’extraction minière illégale, tout en contrôlant en parallèle des activités légales avec pignon sur rue.
« Nous traquerons ces meurtriers sans pitié et ces barons de la drogue, où qu’ils se trouvent et à tout moment, et nous les enverrons au plus profond de l’enfer, là où est leur place », a martelé Donald Trump, en écho à sa politique sécuritaire désormais exportée au-delà des frontières américaines.
Cette opération marque un tournant dans les relations entre Washington et Caracas. Après des années de tensions et de sanctions sous l’ère Maduro, la capture de l’ancien président en janvier par les États-Unis a ouvert la voie à une présidence intérimaire plus alignée sur les intérêts américains. La mort de Niño Guerrero illustre cette nouvelle coopération, où les frappes conjointes remplacent les bras de fer diplomatiques.
Pour les habitants du Venezuela et des pays voisins, cette élimination est un coup dur porté à une organisation qui a longtemps semé la terreur. Reste à savoir si le Tren de Aragua, privé de son chef charismatique, parviendra à se reconstruire – ou s’il s’agit du début de son démantèlement total.



