Vivement le 24 prochain pour que le Bénin sorte de cette atmosphère spirituellement lourde autour de la formation du nouveau gouvernement. Passé les étapes de rationalité, à peine 25 %, place désormais aux 75% de gris-gris, d’incantations, de libations et autres pratiques mystiques visant, d’une part, à affaiblir l’aura d’un probable concurrent et, d’autre part, à renforcer ses propres chances d’accéder au Graal.
Depuis quelques jours, il y a comme de l’électricité dans l’air au Bénin. Des collaborateurs du président Talon, habitués aux privilèges du pouvoir, sont prêts à sacrifier des bœufs noirs, blancs et faire toutes sortes de pratiques pour revenir au gouvernement. Tous les coups sont permis, et gare à quiconque s’oppose à ce rêve qu’ils jugent très légitime.
Les noms des présidents Talon et Wadagni sont sur des bouts de papier attachés à des bougies chez les célestes. Leurs noms sont également invoqués lors de sacrifices de moutons, de coqs et même de pigeons devant différents « Tolègba ». Sans parler des piquets mystiques qui, pour les besoins de la cause, ont parfois la taille d’un pylône.
Tout ça pour un seul objectif : coloniser le cerveau du président sortant afin qu’il plaide leur cause et rendre le président élu plus réceptif à leurs ambitions. Mais toutes ces pratiques occultes des ministres actuels ne sont que la partie visible de l’iceberg des stratégies mystiques déployées dans cette guerre de positionnement.
Les candidats à l’entrée au gouvernement sont encore plus nombreux et plus teigneux. Du Nord au Sud, chacun multiplie démarches et consultations diaboliques. Les moutons, coqs et autres animaux de sacrifice ont même vu leurs prix doubler, voire tripler.
Féticheurs, marabouts et pasteurs vivent ainsi une véritable période de prospérité et souhaitent presque que la passation de charges, notamment la formation du nouveau gouvernement, soit prolongée pour encore deux mois.
Dans cette période risquée, faite de « missiles invisibles » de toutes sortes et de toutes formes, il serait judicieux de déconseiller aux enfants de sortir après 23 heures. Il y a de l’électricité dans l’air, et même des balles invisibles. Le climat est devenu lourd et le pays est risqué.
Nos compatriotes candidats au bifteck gouvernemental ont débloqué un autre niveau de sorcellerie.
Il vaut mieux prévenir que guérir. Que chacun reste dans son coin, à l’abri dans les jupes de sa femme jusqu’à la fin de cette guerre des géants.
Aboubakar TAKOU



