Le Sénat béninois s’installe progressivement dans le paysage institutionnel. Pour le Rassemblement du Peuple Béninois pour le Développement (RPB-D), parti politique en création dont l’enregistrement est annoncé pour 2031, cette nouvelle institution doit surtout contribuer à apaiser la vie politique et à renforcer la stabilité de la République. C’est le message porté par le Dr Bertin Koovi, président du bureau provisoire du RPB-D, lors d’un point de presse organisé ce mercredi 12 août 2026 à l’hôtel Azalaï de Cotonou.
Placée sous le thème « Sénat béninois : une institution de régulation, de stabilité et de continuité de la République », la rencontre a permis à l’homme politique de préciser sa lecture de la nouvelle chambre parlementaire et de l’élection de Patrice Talon à sa présidence.
Un rôle différent de celui de l’Assemblée nationale
Pour Bertin Koovi, la création du Sénat ne répond pas à la volonté de reproduire le fonctionnement de l’Assemblée nationale. La chambre haute doit, selon lui, apporter davantage de recul, d’expérience et de continuité dans la conduite des affaires publiques. « Le Sénat béninois n’a pas été créé pour être une deuxième Assemblée nationale. Il répond à une autre logique. Il doit apporter à la République du recul, de l’expérience, de la régulation, de la stabilité et de la continuité », a-t-il soutenu. L’acteur politique estime ainsi que les deux chambres doivent avoir des missions et des approches complémentaires. Alors que l’Assemblée nationale traduit principalement la dynamique issue des élections, le Sénat devrait, selon lui, incarner une forme de mémoire institutionnelle et contribuer à la recherche de compromis.
Patrice Talon, président du Sénat et non chef de l’État
La présidence du Sénat par Patrice Talon a également occupé une place importante dans son intervention. Bertin Koovi a appelé à distinguer clairement les fonctions du président de la République de celles du président de la chambre haute. « Le président du Sénat n’est pas le président de la République », a-t-il insisté, rappelant que le chef de l’État demeure seul détenteur des prérogatives exécutives définies par la Constitution.
Pour lui, l’élection de Patrice Talon à la tête du Sénat ne doit donc pas être automatiquement assimilée à une concentration du pouvoir. La véritable interrogation doit porter, selon lui, sur la manière dont l’ancien chef de l’État exercera ses nouvelles responsabilités. « La véritable question est : comment le président du Sénat exerce-t-il ses responsabilités ? Sera-t-il capable de donner au Sénat son autonomie institutionnelle ? », s’est-il interrogé.
Un appel à la vigilance de l’opposition
Bertin Koovi s’est également adressé aux acteurs de l’opposition. Tout en reconnaissant la légitimité de leurs interrogations sur la composition et le fonctionnement du Sénat, il les a invités à ne pas condamner l’institution avant d’avoir réellement évalué son action. « Ne condamnez pas le Sénat avant de l’avoir véritablement expérimenté. Utilisez cette institution. Saisissez-la. Interrogez-la. Critiquez-la. Proposez. Débattez », a-t-il lancé.
Selon lui, le principal risque serait de voir la nouvelle chambre se transformer en simple institution d’enregistrement, sans capacité de réflexion, de proposition ou de dialogue. Koovi voit ainsi dans cette institution une réponse aux crises politiques que le Bénin a traversées au cours de la dernière décennie. Il estime notamment qu’un tel cadre aurait pu contribuer à prévenir certaines tensions politiques et à favoriser le dialogue entre majorité et opposition.
Un pari sur la stabilité institutionnelle
Pour le RPB-D, le Sénat doit finalement être jugé sur ses actes et sa capacité à remplir les missions qui lui sont assignées. Bertin Koovi appelle ainsi à donner du temps à cette nouvelle architecture institutionnelle afin d’en apprécier la pertinence. « Le véritable enjeu n’est pas de savoir s’il sera pour ou contre quelqu’un. Le véritable enjeu est de savoir s’il sera pour la République », a-t-il conclu.
Le parti en création entend ainsi prendre part au débat sur l’évolution des institutions béninoises, tout en défendant une conception du Sénat fondée sur la régulation de la vie politique, le dialogue et la continuité de l’État.
François D’Assise BATCHOLA



