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Société

Rapatriés d’Allemagne : Le cri de détresse des Béninois expulsés manu militari

(Même en cas d’accord de rapatriement entre les deux pays, les conditions doivent être revues)

Ils ont quitté le Bénin avec des rêves plein la tête. Comme des milliers de jeunes Africains, ils espéraient trouver en Europe une vie meilleure, un emploi stable, et les moyens de soutenir leurs familles restées au pays. Aujourd’hui, des Béninois résidants à Bayern en Allemagne, sont de retour. Mais leur retour n’a rien d’un retour triomphal. C’est un retour marqué par les larmes, la douleur, la désillusion et l’incertitude.

Récemment rapatriés d’Allemagne, plusieurs citoyens béninois ont décidé de sortir du silence. À travers une interpellation adressée aux autorités béninoises, ils racontent le calvaire qu’ils ont vécu avant leur expulsion et les difficultés auxquelles ils sont confrontés depuis leur arrivée au pays. « Beaucoup pensent que lorsque nous étions en Europe, nous vivions dans le confort. La réalité est tout autre. Certains d’entre nous vivaient dans la peur permanente, avec l’angoisse d’être arrêtés à tout moment. Nous avons connu la solitude, les nuits sans sommeil, les privations et les humiliations », confie un rapatrié.

Entre humiliation, expulsion et abandon, des Béninois lancent un cri de détresse

Selon eux, le moment de l’expulsion demeure une véritable douleur, un traumatisme difficile à effacer. « Tout a commencé en novembre 2025 après un recensement de certification démarré en coopération avec les deux pays. Ce n’est qu’après cela que cette série de rapatriement a commencé et chose bizarre, se sont généralement ceux qui ont leur nom dans la base de données qui sont expulsés. Nous n’avons pas eu le temps de récupérer nos effets personnels. Des années de sacrifices sont restées derrière nous ». Derrière ces récits se cachent des hommes et des femmes profondément meurtris.

« Nous sommes revenus les mains vides, le cœur brisé »

Certains avaient passé plusieurs années en Allemagne. D’autres y avaient construit leur quotidien, noué des relations et nourri l’espoir d’un avenir meilleur. Aujourd’hui, ils disent avoir tout perdu. « Quand l’avion a atterri à Cotonou, nous étions soulagés de retrouver notre terre natale. Mais très vite, nous avons compris que nous étions seuls. Nous sommes revenus sans ressources, sans emploi et parfois sans même savoir où passer la nuit », témoigne Saliou un des rapatriés

Depuis leur retour, la réalité est devenue particulièrement difficile. Plusieurs affirment vivre grâce à la solidarité de proches ou de quelques amis. D’autres peinent à trouver un emploi ou à lancer une activité génératrice de revenus. « Nous avons quitté le pays il y a longtemps. Beaucoup de nos repères ont disparu. Certains parents qui nous soutenaient ne sont plus là. D’autres familles traversent elles-mêmes des difficultés. Nous essayons de survivre, mais chaque journée est un combat. » Pour ces rapatriés, la souffrance n’est pas seulement matérielle. Elle est aussi morale et psychologique. « Nous avons l’impression d’avoir échoué. Beaucoup de personnes pensent que nous revenons avec de l’argent. Quand elles découvrent notre situation, certaines nous regardent avec mépris. Pourtant, personne ne connaît vraiment ce que nous avons traversé. »

Des doléances à l’endroit des autorités béninoises

Face à cette situation, ils lancent un appel pressant au gouvernement béninois. Ils souhaitent la mise en place d’un mécanisme d’accueil et d’accompagnement des citoyens rapatriés, incluant des formations professionnelles, des programmes de réinsertion, un accompagnement psychologique et des facilités d’accès au financement pour les activités génératrices de revenus. « Nous ne demandons pas la charité. Nous demandons une opportunité de nous relever. Nous voulons travailler, entreprendre et contribuer au développement de notre pays. Mais nous avons besoin d’un coup de pouce pour repartir sur de nouvelles bases. »

Il faut une relecture des accords de rapatriement

Au-delà de leur propre situation, ces rapatriés invitent également les autorités béninoises à renforcer l’assistance consulaire et diplomatique en faveur des compatriotes encore confrontés à des difficultés administratives en Allemagne et dans d’autres pays européens. Aussi, ils attirent l’attention des autorités béninoises sur une possible annulation de l’accord de rapatriement des citoyens béninois résidents en Allemagne si cela existait, car les conditions de rapatriement ne respectent pas les droits humains.

Le cas de la Guinée

À cet égard, l’exemple récent de la Guinée retient particulièrement l’attention. Dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, les autorités guinéennes ont publiquement interpellé l’ambassadeur d’Allemagne afin d’obtenir des explications sur les conditions de rapatriement de citoyens guinéens. Une démarche saluée par plusieurs citoyens africains qui y voient l’expression d’une volonté affirmée de défendre la dignité des ressortissants de leur pays, même lorsqu’ils se trouvent en situation irrégulière à l’étranger. Au regard cet exemple épatant et gratifiant de la Guinée, les Béninois rapatriés appellent et souhaitent que des mécanismes de dialogue et d’accompagnement soient mis en place afin de mieux préparer les éventuels retours et d’éviter que d’autres citoyens ne se retrouvent dans des situations similaires.
Aujourd’hui, derrière chaque rapatrié se cache une histoire de sacrifices, de rêves brisés, mais aussi d’espoir. Malgré les épreuves, ils refusent de baisser les bras. Leur combat est celui de retrouver une place dans la société. Leur appel est celui de citoyens qui, malgré tout, continuent de croire que leur pays ne les abandonnera pas.

« Ils sont partis avec des rêves, ils sont revenus avec des blessures. Aujourd’hui, ils ne demandent ni pitié ni compassion, mais simplement une chance de recommencer. » « On ne choisit pas toujours comment l’on revient chez soi. Mais une Nation digne choisit toujours comment elle accueille ses enfants lorsqu’ils reviennent. »

La rédaction

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