Ce qui opposait les présidents de l’AES au Bénin et à l’ancien président Patrice Talon n’était pas une divergence de principe entre les peuples et même les dirigeants. Patrice Talon, trop en avance sur son temps, avait surtout marqué son opposition aux prises de pouvoir par les armes. Une position qui avait entraîné une dégradation des relations entre le Bénin et plusieurs pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Toutefois, l’ancien chef de l’État béninois était convaincu que rien ne pouvait durablement opposer ces pays au Bénin. Soucieux de préserver les liens de fraternité et de voisinage, il a misé sur une personnalité capable de rassurer les partenaires régionaux et de renouer le dialogue.
Pour de nombreux analystes, le choix de Romuald Wadagni comme successeur s’avère aujourd’hui particulièrement pertinent. Technocrate reconnu, davantage associé aux questions économiques et financières qu’aux affrontements politiques, le nouveau président bénéficie d’une image de gestionnaire et de bâtisseur qui inspire confiance au-delà des frontières béninoises. Un casting du président Talon qui a été payant au-delà même des prévisions.
Au fil des années, Romuald Wadagni s’est forgé une réputation solide dans les milieux économiques de la sous-région. Son expérience dans la gestion des finances publiques et sa capacité à travailler avec différents dirigeants, quelles que soient leurs sensibilités politiques, constituent des atouts majeurs dans le contexte actuel.
Cette posture pragmatique et tournée vers le développement semble avoir facilité son rapprochement avec plusieurs chefs d’État de la sous-région. Depuis son accession à la magistrature suprême, il a été accueilli favorablement lors de ses différentes visites officielles, témoignant d’une volonté commune de renforcer la coopération régionale.
Dans plusieurs pays de l’AES, certains analystes voient en Romuald Wadagni un acteur capable de contribuer au rapprochement entre les États de la région et de favoriser un nouveau dialogue avec la CEDEAO. Selon eux, les questions économiques et financières demeurent au cœur des défis de développement, et l’expertise du président béninois pourrait constituer un levier important pour la relance de la coopération sous-régionale.
Il a la mine et le regard pour séduire et rassurer : le développement dans la différence est possible. Son profil, perçu comme consensuel et peu clivant dans les débats liés aux récentes reconfigurations politiques de l’espace ouest-africain, lui permet de jouer un rôle de facilitateur. Voilà pourquoi il a été reçu comme un ami de longue date par tous les présidents des pays qu’il a visités depuis son accession à la plus haute fonction de la République.
Ce n’est pas pour rien que certains analystes burkinabè, nigériens et maliens voient en Romuald Wadagni l’espoir et la renaissance de la CEDEAO avec le retour de tous les déçus. L’économie et les finances étant le dénominateur commun de l’équation du développement, les chefs d’État de l’AES et des autres pays de l’UEMOA voient en Wadagni le meilleur financier et économiste capable d’aider réellement à booster le développement de tous les pays de cette sous-région. Ce qui fait de lui aujourd’hui la pierre angulaire de cette nouvelle dynamique africaine.
Cette position lui offre aussi l’opportunité de contribuer à la construction de nouveaux ponts entre des États dont les relations ont été parfois très tendues ces dernières années. Pour les partisans de cette lecture, les récentes avancées diplomatiques enregistrées par le Bénin traduisent la pertinence de la vision portée par Patrice Talon au moment de préparer sa succession. Ils estiment que l’ancien président peut se réjouir de voir son héritage politique se poursuivre à travers une dynamique fondée sur le dialogue, la coopération et l’espoir d’une intégration régionale renouvelée.
Aboubakar TAKOU



