Alors que l’opposition béninoise tente tant bien que mal de maintenir un semblant d’unité, le parti Les Démocrates (LD) offre depuis plusieurs semaines le spectacle douloureux de ses fractures internes. Loin de s’apaiser, la lutte pour le contrôle du parti semble désormais se diriger tout droit vers une issue judiciaire.
Ce qui n’était au départ qu’une simple rumeur de tiraillement entre cadres est devenu une crise ouverte de légitimité. D’un côté, la tendance menée par Nourénou Atchadé, désigné par certains comme le nouveau président du parti à l’issue de récentes tractations internes. De l’autre, Éric Houndété président intérimaire depuis le départ de Boni Yayi, qui, tel un roc, refuse de lâcher prise.
Invité sur Matin Libre TV, ce dernier a sorti l’artillerie lourde : il reste et demeure le président par intérim. Une déclaration qui n’a rien d’anodin. Houndété rappelle que son maintien à la tête de la formation politique n’est pas le fruit du hasard, mais découle strictement des textes du parti.
Pour étayer sa légitimité, il remonte aux faits : après la démission de Thomas Boni Yayi, la coordination nationale lui a confié l’intérim en tant que premier vice-président. « Conformément aux dispositions réglementaires internes », insiste-t-il. Et d’ajouter que, selon les mêmes textes, cette situation doit perdurer jusqu’à la tenue d’un Conseil national extraordinaire, prévu dans un délai de trois mois.
Face à cette sortie, la question est désormais simple : qui dit vrai ? Mais dans une organisation politique où la lecture des textes varie selon les camps, la vérité finit souvent par s’écrire devant les tribunaux.
Le constat est alarmant. À l’allure où vont les choses, ces tiraillements entre les partisans de Eric Houndété et ceux de Nourénou Atchadé ne se résoudront pas par un simple communiqué ou une poignée de main médiatisée. Chaque camp campe sur ses positions, convaincu de détenir la légitimité statutaire.
Dans ce climat de défiance, la probabilité d’une saisine de la justice devient de plus en plus élevée. Il faudra vraisemblablement qu’un juge tranche, qu’« une balance dise le droit », pour que le parti retrouve enfin la sérénité à son sommet. Une issue paradoxale pour une formation politique censée incarner l’alternance démocratique : c’est désormais vers la justice que les regards vont devoir se tourner, elle qui pourrait bien être contrainte de poser le dernier mot sur une crise que la politique interne n’arrive plus à résoudre.
En attendant, le parti LD retient son souffle, conscient que ce bras de fer risque de laisser des traces durables et de fragiliser un peu plus l’opposition.
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