Du 20 au 31 novembre 2025, les murs de l’Institut Français du Bénin se sont métamorphosés. Sous les bombes aérosol de l’association Street Hum’art et de neuf jeunes talents béninois, un récit visuel puissant a pris vie : « AYÎ ZƆNLIN – Marche de la Terre ». Plus qu’une simple exposition, ce parcours artistique se veut un manifeste pour l’écologie, un hommage à la transmission et une exploration des racines identitaires.

C’est une véritable « galerie à ciel ouvert » qui s’offre désormais aux regards des passants du quartier de Kouhounou à Cotonou. Porté par l’artiste visionnaire Sênami DONOUMASSOU, artiste associé à la saison 2025-2026 de l’Institut français, le projet AYÎ ZƆNLIN prolonge une réflexion initiée lors de l’exposition « AYÎ KAN ». L’idée ? Transformer le « lien » (Kàn) en « marche » (Zɔnlin) collective.
Un voyage initiatique en quatre actes
L’œuvre se déploie comme un quadriptyque monumental, où chaque fresque explore une facette du lien sacré qui unit l’Homme à la Terre et à ses ancêtres.

1. La Transmission : La sagesse des aînées
La première fresque met en scène une aïeule, gardienne des savoirs anciens. Dans une dualité de couleurs saisissante – le bleu de la modernité contre l’ocre de la tradition – elle tend à la jeunesse deux globes de cristal. L’un renferme la technologie verte, l’autre un cœur ardent. Un message limpide : le progrès ne peut prospérer sans humanité et sans respect pour la nature.
2. La Patrie : regarder la Terre depuis les étoiles
Plus loin, un astronaute aux couleurs franco-béninoises contemple notre planète, fragile comme un arbre sous verre. Cette œuvre réinvente la notion de « Terra Patrum » (la terre des pères) à l’échelle universelle. Elle nous rappelle, avec une certaine gravité, qu’il n’existe pas de « Plan B » ailleurs dans l’univers et que la préservation de notre « patrie-monde » est l’affaire de tous.
3. Le Rituel : Une écologie spirituelle
Street Hum’art ancre son propos dans les valeurs endogènes. La troisième fresque représente un adepte du dieu Sakpata, figure vodoun de la Terre et de la guérison. À travers les libations rituelles, l’artiste nous souffle que la terre, en Afrique, n’est pas une simple ressource à exploiter : c’est une entité vivante qui reçoit nos prières, nos semences et notre respect.
4. L’Action : La parole des jeunes
Point d’orgue de ce parcours participatif, la dernière fresque est l’œuvre directe des neuf jeunes bénéficiaires de l’atelier de formation. Mêlant pochoirs et calligraphie, ils ont inscrit dans le mur des mots-clés évocateurs comme « Gbènon » (l’être humain) ou « Gbè » (la vie), symbolisant l’appropriation de ces enjeux par la nouvelle génération.

L’art urbain comme école de la citoyenneté
Au-delà de la performance esthétique, le projet AYÎ ZƆNLIN est un succès pédagogique. Pendant onze jours, des jeunes comme Tale Léa Houhoue, Achille Nouchet ou encore Shéridane Leslie Viakinnou sont passés du statut de spectateurs à celui d’acteurs de leur cadre de vie. Encadrés par les artistes confirmés de Street Hum’art, ils ont manié pinceaux et bombes aérosols avec une « maîtrise technique impressionnante ».

« To trust someone into excellence », telle est la devise de l’association fondée en 2024. Avec ce projet, elle prouve que les murs de la ville ne sont pas de simples séparations, mais peuvent devenir des pages d’histoire et des manifestes pour l’avenir.

Une invitation à marcher au rythme de la Terre
En conjuguant l’esthétique percutante du street art à la profondeur des valeurs culturelles béninoises, Street Hum’art signe une œuvre magistrale. AYÎ ZƆNLIN n’est pas seulement une exposition à voir, c’est une expérience à vivre, un dialogue entre l’héritage et le futur, entre le local et l’universel. Une invitation à marcher, ensemble, au rythme de la Terre.
WM



