*« Tout passage en force comporte des risques énormes » dit la Cenco
La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) a tranché. Après trois jours de table ronde, les évêques catholiques de la République démocratique du Congo ont clairement pris position contre tout changement de la Constitution. Un message sans ambiguïté adressé au président Félix Tshisekedi, à l’opposition et au peuple congolais.
« Ni nécessité, ni urgence, ni opportunité »
« Nous ne voyons ni la nécessité ni l’urgence ni l’opportunité d’un changement de la Constitution », ont affirmé les évêques dans une déclaration lue par monseigneur Donatien Nshole, secrétaire général de la Cenco. Une prise de position ferme qui écarte toute demi-mesure.
Pour les religieux, ce projet de révision fait courir un danger majeur au pays : « Tout passage en force comporte des risques énormes dont la balkanisation du pays. Dans un contexte où les rivalités politiques revêtent des connotations ethniques et tribales, le déclenchement d’une autre guerre civile est à redouter. »
Une opposition au projet présidentiel
Les autorités congolaises défendent ce projet de révision constitutionnelle, tandis que l’opposition y voit une manœuvre pour offrir au président Félix Tshisekedi la possibilité de se maintenir au pouvoir après la fin de son second mandat. La Cenco, sans rejoindre l’opposition, s’inscrit en faux contre cette initiative.
« La Constitution elle-même prévoit les dispositions de sa modification et les articles qu’on ne peut pas déverrouiller », a rappelé monseigneur Nshole. L’Église intervient ici comme société civile, fidèle à son principe de respect de l’ordre constitutionnel.
Un appel au président Tshisekedi
Les évêques appellent le chef de l’État à honorer son serment de respecter et de défendre la Constitution. Ils demandent aux ecclésiastiques de porter ce message et de s’attendre à des actions à venir. « Le pays va mal, mettons-nous debout. Il est impérieux de prendre notre destin en main, sinon notre avenir sera hypothéqué pour longtemps », ont-ils lancé au peuple congolais.
Un climat de « terreur » dénoncé
Monseigneur Nshole a également dénoncé la campagne de la majorité au pouvoir en faveur du changement, menée selon lui « dans un climat de terreur contre des voix discordantes au sein même de la majorité ». Une accusation grave qui témoigne des tensions qui entourent ce débat.
L’Église ne peut rester indifférente
« L’Église intervient comme société civile et ne doit pas être indifférente aux défis de son temps qui sont de taille : il s’agit de la sécurité et de la paix durable », a conclu le secrétaire général de la Cenco. Un message fort, à quelques jours du vote prévu à l’Assemblée nationale.



