Quarante-quatre journalistes burkinabè ont suivi une formation militaire de cinq jours, qualifiée d’« immersion patriotique » par les autorités. Organisée à l’Académie de police de Pabré, près de Ouagadougou, cette session a abordé des sujets tels que le maniement des armes et les techniques de secourisme tactique. Cette initiative, désormais inscrite dans un programme annuel, concerne à la fois les médias publics et privés.
Le ministre de la Communication, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, justifie cette démarche au nom du patriotisme, soulignant que, selon lui, un journaliste non patriote pourrait représenter une menace. Le ministre de la Sécurité envisage de pérenniser cette formation et de l’étendre progressivement à d’autres professions.
Les autorités burkinabè justifient cette mesure par le contexte sécuritaire du pays, confronté depuis plusieurs années aux attaques de groupes djihadistes. Elles estiment que les professionnels des médias doivent mieux appréhender les réalités du terrain. Le directeur de l’Académie de police souligne l’importance de permettre aux participants de comprendre les « réalités opérationnelles ».
Cependant, cette initiative suscite des critiques de la part de défenseurs de la liberté de la presse. Reporters sans frontières (RSF) considère que les journalistes ne devraient pas être assimilés à des militaires. Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de l’organisation, voit dans cette mesure un signal inquiétant pour l’indépendance des médias.
Cette controverse survient dans un contexte où la presse au Burkina Faso est soumise à une pression croissante. Certains journalistes critiques auraient été contraints de rejoindre les forces engagées dans le conflit, et des médias étrangers ont également été suspendus depuis l’arrivée au pouvoir de la junte.
Jean De Dieu TRINNOU



