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Chronique

Chronique Littéraire : La Contrebasse Joseph Djogbénou, la vie d’un homme sur deux airs

La patrie est une catin et la loi pire encore. Car, vois-tu, toutes les deux ont tous les droits et jamais aucun devoir envers ces fils de la misère, qui appellent leurs mères, alors qu’elles les pleurent, pendant qu’ils se vident de leur sang au hasard des champs de batailles.


Carmine Crocco. La Contrebasse Joseph Djogbenou P42

Joseph Djogbenou, non, ce n’est pas l’auteur, est un personnage mystérieux que nous livre pied et mains liés Léon Zoha. L’oeuvre met en lumière une arène populaire et impitoyable, qui tue et étouffe dans l’âme les malheureux qui y foulent leurs pieds: la Politique. Joseph Djogbénou y fait très tôt son entrée et depuis lors, sa vie est sous les feux de la rampe. Une arène choisie et voulue, compte tenu des aspirations et du parcours de ce dernier. En défilant sur le tapis rouge de la justice et de la politique de son pays, il arbore plusieurs tenues telles qu’avocat, député, garde des Sceaux, président de la Cour Constitutionnelle et homme engagé.

La contrebasse Joseph Djogbenou est un essai rédigé sur 89 pages, rythmé d’une préface, de deux parties en huit chapitres et d’un sommaire. Une fois le livre en main, je me suis demandé, mais pourquoi ce titre? Il m’a fallu faire un tour dans le dictionnaire, me transformer en détective et m’approprier la première de couverture de l’œuvre pour comprendre. Léon Zoha, a bien choisi son titre, qu’on se demanderait s’il n’a pas côtoyé le personnage de son livre.
Sur une première de couverture simple, chaleureuse, nous voyons poser un homme, au regard charmant, arborant une pose décontractée, c’est là une image bien parlante. La contrebasse est le plus grand des instruments à cordes. En musique, c’est un instrument polyvalent. Lisons un pan d’un article à ce sujet :‘’Dans l’argot du jazz, on la surnomme « la grand-mère » … Avec son timbre grave, chaud et boisé, la contrebasse, semblable au violoncelle, mais plus volumineuse encore, évoque un peu en effet une figure pataude et rassurante.’’
Tout-en-un, impressionnant, grave, et pourtant rassurant, tout le personnage que décline dans son essai, l’auteur. Comme une musique, on écoute avec nos yeux, l’histoire d’un homme, son parcours, ses exploits. Djogbénou est une flèche au bout d’un arc tendu par une destinée qui s’est adjugé toutes les défaveurs de son milieu de naissance pour en faire un élément incontournable tant par sa grandeur intrinsèque que par sa capacité d’adaptation. Il frappe avec la dextérité opportuniste d’un chat domestique. P18
Connaissez-vous ce sentiment qui vous saisit lorsque vous écoutez une musique qui vous séduit ? Vous vous surprenez à repasser la chanson, à appuyer sur la touche replay pour revivre ce moment d’exaltation. Eh bien, c’est exactement de ça qu’il s’agit ici. Chaque passage de l’oeuvre, chaque phrase lue t’en apprend un peu plus sur la vie d’un personnage que le monde a tort de dire connaitre. Un homme dont le truchement des médias sur des détails croustillants de sa vie, ou encore les ont-dits, n’ont pas fait honneur à sa personnalité, au vrai visage du fils de l’homme. On ne saura que partiellement ce que Joseph Djogbénou aura porté comme détresse, comme poids, comme armure et qui l’a déterminé à franchir la montagne qui le séparait de sa destinée, laquelle aujourd’hui éclot, nous donne d’admirer un personnage accompli, mais peut-être mort dedans, mort aux émotions primaires et joies de l’enfant qu’il aurait aimé demeurer ou de l’enfant qu’il a très tôt cessé d’être. P14.
La Contrebasse Joseph Djogbenou, est un essai qui se révèle être un véritable site archéologique qu’on a beau creusé, fouillé, il ne reste pas moins encore gorge de véritables mines de richesse sur les vestiges de passé d’un homme énigmatique et qui donne envie de le côtoyer. Léon Zoha dépoussière la cheminée des exploits de notre homme et ravive des mémoires courtes. La sulfureuse affaire Amani, du nom de l’homme d’affaires nigérien trafiquant de véhicules haut de gamme volés l’avait porté au-devant des écrans. C’était en 2003. Amani allait être déporté vers le Nigéria où il était condamné à une peine de mort. Une affaire hautement diplomatique qui a conduit le Nigéria à fermer ses frontières à cause de la résistance du Bénin à le livrer. Cette saga judiciaire et diplomatique révéla le jeune avocat[..]P17
Si on devait continuer sur notre touche musique, nous aurons bien dit que notre essai s‘apparente à une chanson narrative compose pour raviver les mémoires sur un homme qui a su se dévouer au service de sa patrie sans transcender les valeurs de l’humain. Cependant, il serait bien injuste de ne pas croire qu’il a été l’un des maillons essentiels de l’éveil citoyen et du façonnage de l’action civique dans notre pays. Ce mouvement créé en juillet 2013 pour s’opposer à toute tentative de révision de la Constitution en vue du troisième mandat pour Boni Yayi a porté certaines espérances. On a senti souffler ce vent semblable à celui anti-révolution de 1989. Il portait beaucoup d’espérances dont la défense des libertés individuelles et collectives. P12
En effet, réfléchir sur la figure de Joseph Djogbénou impose de souligner qu’il a fallu du temps, de l’application et de la volonté à cet homme pour parvenir à cette hauteur d’engagement et de responsabilité qu’il incarne. La pierre angulaire de son ascension est cette conscience qui lui est restée qu’il est né sans doute au bon endroit, mais sans les faveurs qui commandent qu’on se prélasse dans les rêveries et futilités. Naître pauvre ne devient une défaveur qui précipite dans le décor que lorsqu’on oublie d’où on vient. P19

Loin de se tourner uniquement que vers des éloges, Léon Zoha aura aussi parsemé son texte de notes disgracieuses sur son héros, rendant bien là son essai assez symbolique. Il y a dans la démarche ou le mode de fonctionnement de Joseph Djogbénou quelque chose d’assimilable à de l’opportunisme. Il sait être patient jusqu’à faire d’une opportunité un coup de grâce. Que ce soit au niveau de son cursus académique ou professionnel, l’homme s’est révélé être d’un magnétisme saisissant à chacun de ces carrefours qui furent déterminants dans son accomplissement. P17

‘’Et pour quelles raisons étranges, les gens qui tiennent à leurs rêves, Ça nous dérange.’’ Michel Berger

La partie 2 de l’œuvre est un véritable cours d’histoire politique et institutionnelle du Bénin. Cette fois-ci, sur les notes d’une musique aux airs graves de la contrebasse Léon Zoha dévoile un Bénin politique et institutionnel à la loupe. Il n’y a pas de mots pour expliquer cette horreur dramatique qui ne mobilise pas la conscience populaire à exiger une bien meilleure répartition des richesses au profit de nos concitoyens logés dans l’extrême urgence du besoin. Le travail qui ne libère pas est un fardeau. On devrait s’indigner et exiger un peu plus d’humanité dans le traitement des fils et filles de notre pays. P73.
Surprise, je me mis à hausser le ton de ma conscience, à faire taire mes appréhensions quant au reste de cette note musicale et je pus profiter d’une lecture fascinante. En finissant mon chapitre 08 Patriotisme politique, je peux dire avoir été ravie de ma lecture. Des mots, des illustrations, des réflexions, impliquant tour à tour, l’institution, la république, le patriotisme, l’enseignement, l’éducation.
Fabriquer des chômeurs, des indigents matériels avec des lois qui embrigadent dans la précarité est un crime, un homicide involontaire. P77
Quand on rend misérable celui qui est censé soigner les misères de nos enfants, nous nous rendons coupables de crimes innommables.P64
Des sujets importants servis crus et vrais dans un emballage fascinant. Quand on s’étend sur le parcours de notre auteur on peut comprendre que tel un élève studieux et appliqué il maitrise bien son sujet. De mots simples, des phrases bien écrites, mais aussi des vérités qui froissent, des faits qui se heurtent, donnant à la deuxième partie de notre œuvre un air un peu trop satirique. Mais oui, j’ai aimé lire La contrebasse Joseph Djogbénou et bien sûr ça donne envie de rencontrer le personnage.

Annette BONOU, Chroniqueuse littéraire

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