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Gadi Eisenkot : le général sans charisme qui fait trembler Netanyahu

Il ne harangue pas les foules, ne lève pas les bras en V derrière son pupitre. Pourtant, cet homme trapu à la carrure imposante devient, à en croire les sondages, le principal rival de Benyamin Netanyahu. Gadi Eisenkot, 66 ans, ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, pourrait bien faire trembler le Premier ministre sortant lors des élections législatives du 27 octobre prochain.
Fils d’immigrés marocains, né à Tibériade et grandi à Eilat, Eisenkot incarne ce que les sociologues appellent le « second Israël » : les juifs orientaux, séfarades, à l’opposé du riche héritage ashkénaze de Netanyahu. Un parcours qui séduit, une légitimité acquise au cours de quatre décennies de carrière militaire au service de l’État juif. « Admettons que Netanyahu ait du charisme. Je vois bien où il a mené l’État d’Israël », tance-t-il.

La doctrine Dahiyé : une stratégie controversée
C’est à l’armée qu’Eisenkot doit sa construction personnelle. Engagé dès 1982 dans l’invasion du Liban, il se fait connaître en 2008 par l’instauration de la « doctrine Dahiyé », en référence à la banlieue sud de Beyrouth. Cette stratégie consiste à procéder à des représailles massives contre des zones considérées comme des bastions ennemis. « Nous emploierons une force disproportionnée contre ce type de villages et nous causerons d’importants dégâts et destructions. Pour nous, ce ne sont pas des villages civils mais des bases militaires », affirmait-il alors. Un langage de la force qui a marqué son parcours.
Chef d’état-major de 2015 à 2019, il a réprimé dans le sang la Marche du retour de 2018 à Gaza, faisant plus de 200 morts palestiniens. Son leitmotiv : la sécurité d’Israël, coûte que coûte.

De l’armée à la politique : la rupture avec Netanyahu
Au déclenchement de la guerre en octobre 2023, Eisenkot rejoint le cabinet d’unité nationale comme ministre sans portefeuille. Mais il démissionne en juin 2024, s’opposant à l’ouverture d’un deuxième front contre le Hezbollah libanais et à la gestion de la guerre par Netanyahu. Il fonde alors son propre parti, Yashar — « droit », « honnête », « intègre » en hébreu — avec un programme en dix points.
Son credo : une loi de service national universel qui concernerait aussi les juifs ultra-orthodoxes et les Arabes israéliens, jusqu’ici exemptés. « C’est un gouvernement qui choisit d’affaiblir l’armée en plein milieu d’une guerre sans merci », dénonce-t-il.

Le 7-Octobre, un sujet clé de la campagne
Parmi ses priorités : l’instauration d’une commission d’enquête indépendante sur les défaillances ayant permis l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023. Un thème qui divise profondément la société israélienne. Les défaillances sécuritaires et la non-éradication du Hamas ont porté un coup à la notoriété de Netanyahu, et une grande partie de l’opinion publique réclame que toute la lumière soit faite.
Eisenkot jouit aussi d’un fort capital sympathie : son fils et deux de ses neveux ont été tués en décembre 2023 durant la guerre à Gaza, l’inscrivant dans le récit du deuil collectif israélien.

La question palestinienne : un flou stratégique
Sur le conflit israélo-palestinien, Eisenkot entretient le flou. Il a ouvertement exclu la solution à deux États et s’est rendu dans des colonies de Cisjordanie pour courtiser son électorat. « Je suis fermement convaincu de la nécessité d’une colonisation en Judée-Samarie », a-t-il déclaré en juin dernier. Un positionnement qui le rapproche de Netanyahu sur le fond, même s’il critique la méthode.
Comme le relève The Economist, « le nouveau parti centriste d’Eisenkot est désormais presque aussi populaire que le Likoud de Netanyahu. Son expérience militaire séduit une opinion publique alors qu’Israël reste engagé sur plusieurs fronts, mais il est aussi relativement novice en politique, ce qui lui évite le passif de ses rivaux ».

Un pur produit de la culture militaire israélienne
Eisenkot peut-il vraiment tenir tête à Netanyahu ? S’il semble être tout ce que le Premier ministre sortant n’est pas, il reste un pur produit de la culture militaire d’Israël. Comme le souligne l’historien Joshua Leifer, « la critique plus fondamentale d’Israël et de l’occupation est désormais largement partagée, et la sympathie dont pourrait bénéficier initialement un Premier ministre autre que Netanyahu s’évaporera si les images en provenance de Gaza et de Cisjordanie restent inchangées ».
À l’approche du scrutin du 27 octobre, le duel entre le « faucon en matière de sécurité » et le vieux lion de la politique israélienne promet d’être serré. La question palestinienne, bien que largement ignorée dans les débats, demeure le principal déterminant de l’avenir politique d’Israël.

WM

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