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Société

Justice au Mali : 10 ans requis contre Ras Bath, le parquet veut frapper fort contre le chroniqueur

Le procès en appel de Mohamed Youssouf Bathily, alias Ras Bath, et de l’activiste Rokia Doumbia, dite « Rose la Vie Chère », prend une tournure particulièrement lourde. Au deuxième jour des audiences, le ministère public a requis 10 ans de prison ferme contre Ras Bath et 10 ans de prison, dont 5 avec sursis, contre Rokia Doumbia. La défense réclame, pour sa part, la relaxe des deux prévenus. Le verdict est attendu le 17 août 2026.

L’affaire continue de retenir l’attention à Bamako. Mardi 11 août, le procès s’est poursuivi sous un important dispositif de sécurité à la Cour d’appel de Bamako. L’audience s’est tenue à huis clos, au lendemain d’une première journée marquée par la mobilisation des partisans de Ras Bath, venus réclamer sa libération.

Au cœur des débats : les accusations d’« association de malfaiteurs » et d’« atteinte au crédit de l’État, de ses institutions et de ses gouvernants ». Des infractions que les deux prévenus contestent.

 Le parquet veut établir un lien entre les deux prévenus

Pour le ministère public, les dossiers de Ras Bath et de Rokia Doumbia ne peuvent être dissociés. Le parquet estime que leurs interventions publiques et leurs échanges autour de la question de la vie chère participeraient d’une démarche commune susceptible de porter atteinte au crédit des institutions.

Rokia Doumbia s’était notamment fait connaître par des publications sur les réseaux sociaux dénonçant la hausse du coût de la vie, les difficultés économiques et les coupures d’électricité. Selon les éléments rapportés par les organisations de défense des droits humains, elle avait été interpellée en mars 2023 après la diffusion d’une vidéo sur TikTok critiquant notamment la situation économique et la transition politique.

Ras Bath, de son côté, est une figure médiatique connue pour ses prises de position critiques. Son parcours judiciaire remonte également à 2023. Il avait notamment été condamné en appel, en mars 2024, à 18 mois de prison dont 9 avec sursis dans une autre affaire portant sur la « simulation d’infractions et trouble à l’ordre public ». Il était toutefois resté détenu en raison du dossier distinct relatif à l’« association de malfaiteurs ».

 Une accusation d’association de malfaiteurs contestée

C’est précisément sur ce point que la défense entend porter le fer. Les avocats contestent l’existence d’une entreprise commune entre Ras Bath et Rokia Doumbia.

Les deux prévenus soutiennent notamment qu’ils ne se connaissaient pas personnellement en dehors de leurs échanges dans le cadre d’émissions consacrées à la vie chère. La défense estime donc que ces contacts médiatiques ne sauraient, à eux seuls, constituer la preuve d’une association criminelle.

Cette ligne de défense s’inscrit dans la continuité des précédentes audiences. En novembre 2025, les avocats avaient déjà dénoncé des accusations qu’ils jugeaient « fantaisistes » et demandé un non-lieu. Le dossier avait alors été mis en délibéré.

Des preuves audios au centre des contestations

Les débats portent également sur des enregistrements audios présentés par l’accusation comme des éléments de preuve. Les avocats de la défense en contestent la valeur et demandent leur retrait du dossier.

La défense s’appuie également sur les procès-verbaux d’audition pour soutenir que Ras Bath et Rokia Doumbia n’ont pas été interrogés sur l’existence d’une quelconque opération commune qu’ils auraient menée.

Le parquet, lui, considère que les différents éléments du dossier permettent de caractériser l’infraction d’association de malfaiteurs et justifient des sanctions particulièrement sévères.

Un dossier qui dépasse le simple cadre judiciaire

L’affaire Ras Bath–Rose la Vie Chère intervient dans un contexte particulièrement sensible au Mali, où plusieurs voix critiques ont fait l’objet de poursuites depuis le début de la transition. La FIDH et l’OMCT ont dénoncé, dans un appel urgent publié en décembre 2025, ce qu’elles qualifient de « harcèlement judiciaire » et de détention arbitraire concernant les deux prévenus. Elles soulignent notamment que les accusations d’association de malfaiteurs et d’atteinte au crédit de l’État sont passibles de lourdes peines au regard du Code pénal malien.

De son côté, la justice malienne poursuit la procédure et doit désormais se prononcer sur le fond des réquisitions du ministère public.

Avec 10 ans de prison ferme requis contre Ras Bath et 10 ans dont 5 avec sursis contre Rokia Doumbia, le parquet a clairement affiché la sévérité de sa position. La défense continue de plaider la relaxe.

Prochaine étape : le 17 août 2026, date à laquelle la Cour d’appel de Bamako doit rendre son verdict.

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