Le Cameroun se défend bec et ongles. Après l’interception de deux pétroliers battant pavillon camerounais, Yaoundé a fermement dénoncé une utilisation « frauduleuse » de son registre maritime. Le Tagor, intercepté le 7 juin au large de la Bretagne, et le Smyrtos, arrêté le 14 juin dans la Manche par les autorités britanniques et françaises, appartiennent à la flotte fantôme russe qui écoule clandestinement du pétrole sous embargo pour financer la guerre en Ukraine.
« Le Smyrtos ne figure plus sur le registre »
Dans un communiqué daté du 15 juin, le ministre camerounais des Transports, Jean Ernest Masséna Ngalle Bibehe, a tenu à préciser que le Smyrtos ne figure plus sur le registre camerounais depuis trois semaines. En conséquence, le Cameroun ne saurait être tenu responsable des activités illicites du navire. Une déclaration qui fait écho à celle déjà émise après l’interception du Tagor.
Des pavillons de complaisance sous pression
Cette affaire met en lumière la question des pavillons de complaisance qui permettent à la Russie de contourner les sanctions européennes sur ses produits pétroliers. Le Cameroun s’est engagé il y a deux ans à identifier et à éliminer ces pratiques, sous la pression de l’Union européenne. Bruxelles a menacé de suspendre le décaissement de 15 millions d’euros, dont le déblocage a finalement été annoncé début juin.
L’analyse d’un spécialiste
Vincent Gaudio, fondateur de la société Amanar Advisor, spécialisée dans l’intelligence économique, perçoit les communications du ministre comme une volonté de s’inscrire « pleinement dans les actions menées pour assainir la situation ». Selon lui, l’enjeu est de ne pas voir les aides européennes suspendues. « La difficulté pour le Cameroun, c’est d’assainir une situation dans sa globalité. Pour tous les pays concernés, le défi est de suivre les changements de noms et de propriétaires de ces bateaux », explique-t-il.
Un processus freiné par le manque de moyens
Malgré la volonté politique affichée, le processus d’assainissement est freiné par un manque de moyens. Le suivi des flottes fantômes nécessite des ressources humaines et techniques que les pays comme le Cameroun peinent à mobiliser. Les sanctions européennes, si elles sont suspendues, pourraient compromettre des financements essentiels.



