(Le dégel ainsi amorcé, le feu vert des présidents attendu)
L’espoir d’un retour à la normale se précise entre Cotonou et Niamey. Réunis durant deux jours dans la capitale économique béninoise, les comités d’experts des deux pays ont bouclé, ce dimanche 21 juin 2026, leurs travaux bilatéraux sur les modalités de réouverture de leur frontière commune. Si un consensus technique a été trouvé, le destin du commerce transfrontalier repose désormais entre les mains des chefs d’État Romuald Wadagni et Abdourahamane Tiani, alors que le Niger exige des garanties sécuritaires strictes.
Conduites par le général de division Mohamed Toumba, ministre nigérien de l’Intérieur, et Olushegun Adjadi Bakari, ministre béninois de l’Intégration africaine, les discussions se sont déroulées dans un climat constructif. Cependant, la délégation nigérienne est venue à Cotonou avec des exigences claires, qualifiées de préalables non négociables selon Bénin WebTV.
Le Niger réclame en premier lieu la signature d’un pacte de non-agression mutuel, interdisant à chacun des deux pays de prêter son territoire pour des actions de déstabilisation visant son voisin. En second lieu, Niamey exige une transparence totale concernant la présence de forces militaires étrangères à proximité de ses frontières, assortie de la création d’une cellule de renseignements conjointe pour lutter efficacement contre le terrorisme.
Ces demandes font directement écho aux tensions nées du putsch de juillet 2023, Niamey ayant régulièrement accusé le Bénin d’héberger des bases étrangères hostiles, ce que les autorités béninoises ont toujours réfuté. L’instauration d’un partage de renseignements permettrait toutefois de répondre de concert à la menace des groupes armés qui endeuillent les deux côtés de la frontière.
Cette session de travail à Cotonou marque le point d’orgue d’un processus de normalisation enclenché au début du mois. Le 2 juin dernier, le tout nouveau président béninois, Romuald Wadagni, brisait la glace en se rendant en visite officielle à Niamey. De ce sommet initial est né un comité d’experts doté d’une feuille de route de quinze jours pour lever les obstacles techniques.
Après une phase de réflexion menée séparément par chaque délégation, les experts se sont finalement retrouvés les 20 et 21 juin à Cotonou pour fusionner leurs conclusions.
Si les déclarations officielles restent focalisées sur la sécurité, les enjeux financiers et humanitaires sous-tendent évidemment ce rapprochement. Depuis près de trois ans, la fermeture des 280 kilomètres de frontière asphyxie les économies locales, particulièrement sur l’axe névralgique reliant Malanville à Gaya.
Au-delà du commerce de transit via le port de Cotonou, l’avenir du gigantesque pipeline de 2 000 kilomètres reliant les gisements d’Agadem au littoral béninois est dans tous les esprits. Cet investissement de six milliards de dollars, crucial pour l’exportation du brut nigérien, dépend directement de la qualité de la relation bilatérale.
À ce jour, aucun calendrier de réouverture officielle n’a été avancé. La clé du cadenas frontalier dépend désormais de la réponse que le président Wadagni apportera aux exigences de sécurité formulées par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP).
WM



