L’Ouémé est devenu, avec 589 533 voix, le premier département du Bénin en nombre de voix accordées à Wadagni-Talata. À peine la Cour constitutionnelle avait-elle proclamé les résultats que le ballet a commencé. Dans les couloirs du pouvoir, on voit défiler depuis quelques jours des visages familiers de Porto-Novo, prompts à se rappeler aux bons souvenirs du président élu. Notes confidentielles, sollicitations, démarches : la machine se remet en marche. Comme à chaque composition de gouvernement. Comme si rien ne s’était passé le 12 avril dernier. Comme si les chiffres ne disaient pas exactement le contraire de ce que ces revendications laissent entendre.
Avec 589 533 voix en faveur du ticket Wadagni-Talata, l’Ouémé est devenu, le 12 avril 2026, le premier département du Bénin. Une victoire éclatante qui masque pourtant une réalité bien moins glorieuse pour sa capitale, Porto-Novo. Alors que les figures politiques de la ville multiplient les démarches dans les couloirs du pouvoir pour réclamer leur part, les chiffres officiels disent l’exact inverse : ce ne sont pas eux qui ont gagné le département.
Les chiffres officiels d’une élection à fort taux de participation
Selon les données publiées par la Cour constitutionnelle, le Bénin comptait 7 897 287 électeurs inscrits pour ce scrutin. Le nombre total de votants s’est élevé à 5 020 401, portant le taux de participation national à 63,57 %. Un score honorable, mais que certaines communes de l’Ouémé ont pulvérisé.
Porto-Novo : la grande absente du scrutin
Avec 251 121 électeurs inscrits, Porto-Novo n’a mobilisé que 37 % de ses électeurs. Résultat : seulement 80 763 voix apportées au ticket vainqueur. Pour une capitale, le contraste est saisissant. Au ratio moyen national (63,57 %), Porto-Novo aurait dû apporter près de 160 000 voix. Le manque à gagner est de près de 80 000 suffrages. C’est cette défection qui a failli coûter la première place à l’Ouémé.
Sèmè-Podji, Avrankou, Akpro-Missérété : les vraies locomotives du département
Pendant que Porto-Novo boudait les urnes, trois communes ont littéralement porté le département sur leurs épaules :
• Sèmè-Podji : 127 617 voix, soit une progression spectaculaire de +447 % par rapport à 2021. La commune concentre à elle seule 33,4 % du gain départemental. Avec un taux de participation avoisinant les 90 %, elle a réalisé un exploit rare.
• Avrankou : 97 896 voix, +150 % par rapport à 2021. La commune a mobilisé 94 % de ses inscrits, un chiffre exceptionnel qui représente 18,8 % du gain de l’Ouémé.
• Akpro-Missérété : 92 061 voix, +81 %. Avec 91 % de participation, elle contribue à hauteur de 13,2 % à la victoire départementale.
À elles seules, ces trois communes concentrent 65,4 % du gain total de l’Ouémé. Elles ont fait le travail sur le terrain, organisé la mobilisation, rempli les bureaux de vote.
D’autres communes exemplaires dans l’ombre
Au-delà de ces trois locomotives, d’autres communes méritent d’être saluées :
• Adjohoun : 49 101 voix avec un taux de participation de 95 %, soit l’un des plus élevés du pays.
• Bonou : 30 305 voix et 99 % de participation — quasiment tous les inscrits ont voté.
• Dangbo : 56 308 voix, une progression significative.
• Adjarra : 37 481 voix.
• Aguégués : 18 001 voix.
Toutes ces communes rurales, souvent regardées de haut par les notables de la capitale, ont démontré que la performance électorale se gagne sur le terrain, pas dans les salons.
Le classement sans appel
| # | Commune | Voix 2021 | Voix 2026 | Gain | Part du gain |
| 1 | SÈME-PODJI | 23 351 | 127 617 | +104 266 | 33,4 % |
| 2 | AVRANKOU | 39 147 | 97 896 | +58 749 | 18,8 % |
| 3 | AKPRO-MISSÉRÉTÉ | 50 970 | 92 061 | +41 091 | 13,2 % |
| 4 | PORTO-NOVO | 46 075 | 80 763 | +34 688 | 11,1 % |
| 5 | DANGBO | 34 519 | 56 308 | +21 789 | 7,0 % |
| 6 | ADJARRA | 20 060 | 37 481 | +17 421 | 5,6 % |
| 7 | ADJOHOUN | 31 944 | 49 101 | +17 157 | 5,5 % |
| 8 | BONOU | 18 410 | 30 305 | +11 895 | 3,8 % |
| 9 | AGUÉGUÉS | 13 181 | 18 001 | +4 820 | 1,5 % |
| TOTAL OUÉMÉ | 277 657 | 589 533 | +311 876 | 100 % |
Porto-Novo se classe quatrième du département, loin derrière les trois communes qui ont véritablement porté la victoire. Et encore, cette quatrième place est uniquement due à son poids démographique, pas à sa mobilisation.
« Que ceux qui n’ont pas voté laissent parler ceux qui l’ont fait »
Alors que les figures politiques de Porto-Novo défilent dans les antichambres du pouvoir pour réclamer postes et faveurs, ceux qui ont vraiment travaillé — les maires de Sèmè-Podji, les mobilisateurs d’Avrankou, les responsables d’Akpro-Missérété — continuent leur travail dans la discrétion. Ils ne distribuent pas de notes confidentielles. Ils n’ont pas de représentants permanents pour plaider leur cause. Ils ont eu autre chose à faire : mobiliser, organiser, voter.
Si l’on doit féliciter ou récompenser une commune dans l’Ouémé, les chiffres sont implacables : ce ne peut être Porto-Novo. Car il y a bien mieux dans les décomptes. Beaucoup mieux.
L’Ouémé, c’est Sèmè-Podji, Avrankou, Akpro-Missérété, Adjohoun, Dangbo, Adjarra, Bonou, Aguégués. Et accessoirement Porto-Novo.
Que celle qui n’a pas voté arrête de prétendre parler au nom de celles qui l’ont fait.
WM



