Il a prêté serment le 24 mai 2026. Romuald Wadagni entame un septennat qui devra transformer les promesses en actes. Mais l’équation est simple : pour réussir, le nouveau président ne pourra pas agir seul. Il aura besoin d’un levier décisif : la jeunesse. Celle qui vit et souffre au Bénin, et celle de la diaspora, que l’on dit porteuse de talents et de capitaux. Reste à savoir ce que le chef de l’État attend précisément d’elles.
Les premiers gestes ont été soignés. Un gouvernement recentré, des ministères stratégiques rétablis (dont celui de la Communication), et un discours d’investiture où le mot « renouveau » revenait comme une promesse. Mais dans les rues de Cotonou, à Parakou ou sur les réseaux sociaux, une question revient en boucle : que compte faire Wadagni pour la jeunesse, et surtout, qu’attend-il d’elle en retour ?
De la jeunesse d’ici : patience, formation et patriotisme économique
Dans son premier discours après l’élection, le président avait esquissé une vision. Pas de grands programmes spécifiques « jeunes » à la mode, mais une approche plus structurelle. Selon plusieurs observateurs, Wadagni attend d’abord de la jeunesse béninoise une patience active. Celle de croire que les réformes engagées sous Talon portent leurs fruits, et que l’emploi finira par suivre la montée en puissance de la zone industrielle (Glo-Djigbé) et des investissements dans l’agriculture.
Ensuite, le chef de l’État mise sur la formation technique et professionnelle. De nombreux jeunes béninois sortent encore de l’université sans qualification opérationnelle. L’attente est claire : accepter de se former, de se spécialiser, de monter en compétences là où l’économie a des besoins réels (numérique, énergie, BTP, logistique).
Enfin, Wadagni attend un patriotisme économique : consommer local, entreprendre, et cesser de voir l’émigration comme le seul horizon. Un message martelé en privé par ses conseillers, mais qui peine encore à convaincre face au chômage et aux salaires bas.
De la diaspora : investissement, transfert de compétences et image du Bénin
La diaspora béninoise France, États-Unis, Canada, Belgique, Italie est estimée à plus d’un million de personnes. Elle envoie chaque année des centaines de l’argent sous forme de transferts. Mais Wadagni ne veut plus seulement de l’argent. Il veut des compétences.
L’attente numéro un : que les cadres de la diaspora reviennent, ne serait-ce que temporairement, pour former sur place, monter des start-ups, injecter des capitaux dans des projets viables. Plusieurs dispositifs existent déjà, ils n’attendent que les sollicitations.
Le président attend aussi que la diaspora devienne un ambassadeur économique. Qu’elle vante le Bénin nouveau, ses réformes, sa stabilité, pour attirer les investisseurs étrangers. Et qu’elle participe, par son lobbying, à améliorer l’image du pays à l’international.
Le septennat ne fait que commencer. D’ici à 2033, la jeunesse béninoise représentera plus de 60 % de la population. Si elle est frustrée ou marginalisée, le projet Wadagni vacillera. Si, au contraire, elle se sent associée, écoutée et dotée de moyens, elle peut devenir le moteur d’un développement inédit.
Le vrai pari du président Wadagni n’est donc pas seulement économique ou diplomatique. Il est générationnel. Il devra répondre à une question que les discours officiels ne suffisent plus à étouffer : que fera-t-il concrètement, dans les cent premiers jours, pour que la jeunesse béninoise ici et là-bas cesse d’attendre et commence vraiment à bâtir ?
AY



