Lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi 6 mai 2026 à Kinshasa, le président congolais Félix Tshisekedi a brisé le silence sur un sujet longtemps considéré comme tabou : un éventuel troisième mandat. Tout en conditionnant cette hypothèse à la volonté populaire exprimée par référendum, le chef de l’État a également lié la tenue des prochaines élections à l’issue du conflit sécuritaire dans l’est du pays.
Le débat agite la classe politique congolaise depuis plusieurs mois. Ce mercredi 6 mai, Félix Tshisekedi a décidé de sortir de sa réserve. Devant la presse réunie à Kinshasa en soirée, le président de la République démocratique du Congo s’est exprimé sans détour sur une question brûlante : la possibilité d’une réforme constitutionnelle ouvrant la voie à un troisième mandat.
« Si les Congolais me demandent de revenir, je suis à leur disposition », a-t-il déclaré, affirmant qu’une telle décision ne saurait être prise sans consulter directement la population. « Si changement ou révision doit se faire, ce ne sera jamais sans consulter la population, par référendum », a-t-il martelé.
Une révision constitutionnelle vivement critiquée
L’initiative, portée par le camp présidentiel, suscite une vive opposition depuis plusieurs mois. Les Églises catholique et protestante, qui disposent d’une influence considérable en RDC, ont multiplié les mises en garde contre toute révision de l’article 220 de la Constitution congolaise. Cet article limite strictement le nombre de mandats présidentiels, une disposition héritée de la Constitution de 2006 et considérée comme un rempart contre la dérive autoritaire.
En affirmant sa disposition à revenir pour un troisième mandat, Félix Tshisekedi, au pouvoir depuis 2019, lève un coin du voile sur ses intentions, tout en se posant en garant de la volonté populaire.
Les élections de 2028 menacées par la guerre
Autre annonce majeure du chef de l’État : le conflit armé dans l’est du pays pourrait très bien reporter la tenue des élections prévues en 2028. « Si on ne peut pas terminer cette guerre, malheureusement on ne saura pas organiser les élections en 2028 », a-t-il prévenu.
Une déclaration immédiatement accompagnée d’une précision : « Pas parce que j’aurai refusé de les organiser. Les ressources sont là, on peut les organiser. Mais on ne va pas les organiser sans le Nord et le Sud-Kivu quand même. Comment est-ce qu’on va organiser les élections ? »
Le président congolais a pris soin de justifier son argument par un précédent international. « Regardez en Ukraine, ça fait deux ans, il devait y avoir les élections. Le monde entier a compris que le président Zelensky ne peut pas les organiser », a-t-il fait valoir, établissant un parallèle entre la situation sécuritaire dans l’est de la RDC et la guerre russo-ukrainienne.
Un agenda politique chargé et controversé
En liant ainsi révision constitutionnelle, éventuel troisième mandat et report des échéances électorales, Félix Tshisekedi place le débat sur le terrain de l’urgence sécuritaire. Reste à savoir comment ces déclarations seront perçues par une opposition déjà en alerte et par une société civile qui craint un glissement autoritaire.
Les prochains mois s’annoncent décisifs pour l’avenir politique de la RDC, tiraillée entre nécessité de restaurer la paix dans l’est et impératif démocratique de maintien du calendrier électoral.



