Ce n’est plus la Corée du Nord isolée et affaiblie de 2019 que s’apprête à retrouver le président chinois. En débarquant ce lundi à Pyongyang pour sa première visite en sept ans, Xi Jinping va faire face à un Kim Jong-un plus conforté que jamais.
Fort de son alliance militaire indéfectible avec la Russie, de l’envoi de ses troupes en Ukraine et d’un arsenal nucléaire désormais jugé « non négociable », le leader nord-coréen aborde ce sommet bilatéral en position de force, quitte à bousculer le traditionnel grand frère chinois.
Ramener Pyongyang dans le giron de Pékin
Pour Xi Jinping, dirigeant de la deuxième puissance économique mondiale, l’enjeu de cette visite de deux jours est clair : ramener son voisin dans l’orbite de Pékin. Depuis leur dernière rencontre en septembre 2025 lors du défilé militaire de Pékin, les liaisons aériennes et ferroviaires ont certes repris, mais la donne géopolitique a profondément changé.
Là où le sommet de 2019 faisait suite à l’échec des négociations avec Donald Trump sur la dénucléarisation, celui de cette semaine acte une rupture définitive avec l’Occident. Pyongyang refuse désormais tout dialogue avec Washington ou Séoul, et le statut de puissance nucléaire du pays est devenu une réalité irréversible pour les observateurs. « Il n’y a plus personne qui continue à croire que la Corée du Nord va abandonner son programme nucléaire, qui est mature », analyse Théo Clément, chercheur associé à l’EHESS.
Le jeu d’équilibre de Kim Jong-un entre Moscou et Pékin
Historiquement réticente à une dépendance exclusive envers le géant chinois, avec qui elle partage 1 400 kilomètres de frontière, la Corée du Nord a trouvé en Moscou un allié de poids pour rééquilibrer ses alliances. En échange de son soutien militaire direct à la Russie en Ukraine, le régime de Kim Jong-un engrange de précieux avantages économiques et technologiques.
Pour bien marquer son autonomie à la veille de l’arrivée de Xi Jinping, Pyongyang a d’ailleurs sorti les muscles. Samedi, le pays a annoncé la construction d’un destroyer massif de 10 000 tonnes. Dimanche, c’est la puissante sœur du dictateur, Kim Yo-jong, qui enfonçait le clou dans une tribune officielle, réaffirmant que l’arme atomique nord-coréenne ne ferait l’objet d’aucun marchandage.
Logements, tourisme et médiation du Sud
Derrière les démonstrations de force militaires, ce sommet de deux jours devrait également se concentrer sur l’économie. Entièrement fermée depuis la pandémie de Covid-19 en 2020, la Corée du Nord cherche à relancer ses finances. Selon des sources diplomatiques, les discussions bilatérales porteront sur le soutien chinois au plan quinquennal de Pyongyang, qui mise sur la construction de logements et la réouverture du tourisme pour faire rentrer des devises étrangères.
Pendant ce temps, à Séoul, on observe ce rapprochement avec un mélange d’anxiété et d’espoir. Alors que Kim Jong-un a officiellement rejeté toute idée de réunification de la péninsule, le président sud-coréen Lee Jae-myung espère toujours un miracle diplomatique. La Corée du Sud mise sur l’influence de Pékin pour calmer le jeu. « Nous espérons que le président Xi jouera un rôle dans l’amélioration des relations intercoréennes grâce à sa médiation », avance Moon Chung-in, ancien conseiller à la sécurité nationale à Séoul. Reste à savoir si la Chine, agacée par les provocations nucléaires de son voisin mais soucieuse de garder la main, choisira de jouer les pacificateurs.



