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Société

Souveraineté nationale : Suspension de Bénin TV après expiration de l’abonnement : Et si Wadagni rappelait le « Must-Carry » à Canal+?

Au-delà des simples dynamiques de marché, le paysage audiovisuel béninois soulève aujourd’hui une question fondamentale : celle de la souveraineté informationnelle du Bénin. Alors que le pays s’affirme chaque jour un peu plus sur la scène internationale, la place occupée par les grandes multinationales de la diffusion, notamment Canal+, mérite une analyse lucide et sans complaisance. Il ne s’agit pas de contester la logique commerciale d’une entreprise privée, mais de défendre un droit essentiel : l’accès universel à l’information nationale.
C’est la loi du marché : tu ne paies pas, tu ne regardes pas. Mais couper Bénin TV ou nos chaînes locales qui parlent de nos réalités, de nos lois, de nos marchés et autres ? C’est de la provocation. C’est une insulte à notre souveraineté. L’information nationale n’est pas une marchandise de luxe, c’est un droit fondamental.
L’accès aux chaînes nationales ne devrait pas être un privilège réservé à ceux qui ont les moyens de renouveler un abonnement privé. C’est un droit civique fondamental. En coupant le signal des chaînes nationales béninoises aux décodeurs dont l’abonnement a expiré, on prive involontairement une frange de la population souvent la plus modeste de l’actualité de son propre pays. Qu’il s’agisse des messages officiels, des campagnes de santé publique ou des débats démocratiques, ces contenus appartiennent au patrimoine national et doivent rester accessibles à tous.

Le gouvernement Wadagni interpellé
Face à cette situation qui fragilise le lien informationnel entre l’État et ses citoyens, le gouvernement du président Romuald Wadagni est légitimement interpellé. Il ne s’agit pas d’engager un conflit, mais d’instaurer un dialogue de fermeté et de responsabilité. Le régime doit poser les règles d’un partenariat plus juste et plus respectueux de nos réalités économiques comme imposer l’accès libre, permanent et sans condition aux télévisions béninoises.

« Must-Carry » : l’arme fatale à utiliser par le gouvernement Wadagni
Pourquoi trembler devant Canal+ ? Sous d’autres cieux, les multinationales courbent l’échine devant la loi. Le gouvernement Wadagni dispose d’une arme réglementaire : imposer le principe du Must-Carry ou l’obligation de diffusion. Il s’agit de l’obligation légale faite aux opérateurs de télévision payante (câble, satellite, ADSL, fibre) de diffuser certaines chaînes de télévision gratuites et d’intérêt public sur leurs réseaux. Vends-tu tes décodeurs au Bénin ? Alors les chaînes béninoises doivent y rester allumées, 24 heures sur 24, abonnement payé ou pas. C’est une question de dignité nationale. Cela assure la gratuité continue des chaînes béninoises, même après l’expiration de l’abonnement, et garantit la visibilité de nos médias locaux sur toutes les plateformes de diffusion.

Une question de dignité nationale
Le développement d’une nation repose aussi sur sa capacité à maîtriser son image et à informer ses citoyens sans intermédiaire restrictif. Permettre à chaque Béninois, équipé d’un décodeur, de regarder librement Bénin TV ou les chaînes privées locales est une question de dignité nationale. Que Canal+ déploie ses offres commerciales pour ses contenus internationaux est une chose tout à fait légitime. Mais nos chaînes nationales doivent être disponibles à tout moment. Et c’est ce qui doit être le combat du gouvernement Wadagni car si cela se fait ailleurs, il ne peut être autrement ici.
Les États africains doivent s’unir pour imposer que la source d’information qui lie chaque fils du continent à sa terre natale ne soit, plus jamais, sectionnée par le tiroir-caisse d’une multinationale. Une fois à l’intérieur de chaque pays africain, l’accès aux réalités nationales est non négociable, sans intermédiaire et sans péage colonial.

Jean De Dieu TRINNOU

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