(Voilà comment les choses se sont passées)
Les 95% environ obtenus par le duo de la majorité présidentielle apparaissent comme une évidence pour les populations béninoises. Mais ce score peut sonner comme une machination à la russe pour d’autres, déconnectés du Bénin et qui n’ont plus rien suivi de ce qui se passe chez nous depuis l’avènement du président sortant Patrice Talon.
Pour comprendre ce score, il faut d’abord s’expliquer le miracle du boum économique béninois révélé au monde. Dans combien de pays au monde ce qui s’est passé au Bénin ces dernières années a-t-il été observé en dix ans, dans un contexte où le pays n’a pas pesé en termes de ressources du sous-sol (pétrole, gaz, uranium, or et autres) ? Le Bénin a simplement étonné en présentant au monde des standards économiques jamais atteints en si peu de temps. De zéro confiance avant 2016, le Bénin construit par la gouvernance Talon, emprunte aujourd’hui auprès des mêmes institutions qui prêtent à la France, la Belgique, le Canada, les États-Unis et aux autres. Un changement de cap qui découle des réformes et de la rigueur que les autorités de la Rupture ont mises en place pour étonner le monde. Il est donc évident que le pays a changé de visage grâce à de bonnes infrastructures sur les plans social et urbain, avec désormais une position de premier producteur de coton en Afrique, bien devant ceux qui en étaient les géants. Voilà la magie Talon. Il est vrai que certains qui avaient la boulimie de tout mettre dans leur poche, ont grincé des dents et ont rendu leur voix un peu audible pour dénigrer le système en place. Mais le président Patrice Talon ne pouvait faire une bonne omelette sans casser des œufs.
Aujourd’hui, c’est le candidat de la mouvance qui récolte tout. Tout a été mis à sa disposition, avec l’avantage d’y avoir mis son empreinte en tant que ministre le plus complice du chef de l’État sur les grands chantiers, surtout celui du nerf de la guerre : l’argent. Romuald Wadagni est déjà perçu dans la tête de ses compatriotes comme l’homme qui sait attirer des capitaux. Pour un homme que le président Talon a positionné comme celui qui a gardé et bien géré leur argent pour les changements auxquels ils ont eux-mêmes participé, le capital confiance n’était plus à discuter. Romuald Wadagni est apparu aux Béninois comme un graal, un précieux outil pour leur bonheur. Et cela s’explique par l’engouement populaire autour de sa candidature.
LA SOCIÉTÉ CIVILE
Tous les syndicats se sont retrouvés dans sa gestion et ont appelé à voter pour lui, comme cela ne s’était jamais vu au Bénin. Toutes les figures de la société civile, universitaires, promoteurs d’écoles, d’universités et responsables d’ONG ont trouvé en Romuald Wadagni la résultante de la volonté de construire un pays et la nécessité de faire du social. Et c’est sa disponibilité et son écoute de tout ce monde qui ont cimenté ce sentiment de confiance.
LA CLASSE POLITIQUE
Le Bénin n’avait jamais connu de candidat du peuple, de toute la classe politique depuis les indépendances. Ce qu’on a vu avec Romuald Wadagni. Le gros contingent de l’élection du dauphin de Patrice Talon vient curieusement de l’opposition dure au président Talon, le parti Les Démocrates. Chabi Yayi, le fils de l’ancien président et ennemi juré de Patrice Talon, n’a pas résisté à l’envie de se mettre aux côtés de son frère et ami d’enfance. Il a même carrément démissionné du parti dirigé par son propre père pour bien faire campagne aux côtés de son candidat. Éric Houndété, leader charismatique de ce parti d’opposition, a pris tout le contenu véritable du parti LD qu’il a mis au service de son jeune frère. Il était dans la campagne avec le candidat de la mouvance. C’était une première au Bénin. Même ceux qui ont fait semblant de garder la ligne dure du parti après la déclaration d’Éric Houndété et de ses amis sont aussi entrés dans les rangs. Les frères Ouassagari et Atchadé ont voté et appelé à voter pour Wadagni. Bref, c’est le seul cas au Bénin depuis les années 1960 où un candidat à une élection présidentielle s’est vu porté par toute la classe politique. Romuald Wadagni a eu cette rare chance de bénéficier de l’appui inconditionnel de tous les barons politiques hostiles au président Talon. Adrien Houngbédji, Ousmane Batoko et les autres, n’ont pas seulement appelé à voter pour Wadagni, mais ils sont restés à ses côtés dans la campagne et ont manifesté une joie des grands jours. Le président Batoko a dansé tout au long de la campagne. Il l’a dit et l’a fait. Il a reçu mandat de Nestor Wadagni de soutenir son enfant. Même le président Nicéphore Soglo, qui a entre-temps pris Patrice Talon en estime, a tenu à montrer à la face du monde que c’est le petit-fils qu’on chérit plus que son propre fils. Romuald Wadagni a simplement été l’homme le plus gâté du Bénin.
Mais ce qui a réellement changé et qui a été mis au profit du candidat de la mouvance, c’est la nouvelle discipline imposée à la classe politique par le président Talon. Il n’y a plus de chantages politiques au Bénin comme par le passé. Aujourd’hui, tout est ordonné comme dans les grandes démocraties occidentales. À tout cela, quand on ajoute la détermination de la plateforme des mouvements citoyens, on doit comprendre que le duo Wadagni-Talata pouvait même faire plus de 98% contre le duo Hounkpè-Hounwanou. Les deux leaders des deux grands partis politiques de la mouvance, Abdoulaye Bio Tchané et Joseph Djogbénou, ont fait une campagne sincère autour du candidat. Jacques Ayadji a mouillé le maillot au Bénin comme dans la diaspora pour imposer son amour pour son jeune frère Wadagni. On doit simplement reconnaître que l’ancien ministre et maire honoraire Paul Hounkpè a sorti le grand jeu. Sinon, la coalition contre lui était trop compacte pour lui laisser 1% des suffrages.
Romuald Wadagni est simplement chanceux. Il a changé le visage des élections au Bénin. D’un vicieux challenge, le vote de dimanche dernier est devenu une fête nationale.
Aboubakar TAKOU



