Battus de justesse par l’Argentine en huitièmes de finale (3-2), les joueurs cap-verdiens ont reçu un accueil de géants ce dimanche à Praia. Des milliers de supporters en liesse ont transformé l’aéroport en temple pour saluer l’épopée la plus folle de l’histoire du petit archipel.
Ils n’ont pas soulevé le trophée. Ils n’ont même pas atteint les quarts de finale. Pourtant, dans les rues de Praia, ils sont déjà des immortels. Le Cap-Vert, petit archipel de 500 000 âmes, a offert à ses héros un retour digne des plus grands conquérants. Les « Requins Bleus » ont foulé le sol de leur île ce dimanche 5 juillet, et le pays entier a retenu son souffle pour les accueillir.
Dès l’ouverture des portes de l’aéroport international, ce fut une marée humaine. Des milliers de supporters, vêtus de bleu, ont transformé le tarmac en une mer agitée. Des visages en larmes, des sourires éclatants, des enfants perchés sur les épaules des pères : tout le Cap-Vert était là pour dire merci. Merci pour ce rêve américain, merci pour cette première Coupe du monde qui aurait pu tourner au conte de fées.
La tête haute face au champion du monde
Vendredi soir, à Miami, les Requins Bleus ont frôlé l’exploit. Face à l’Argentine, tenante du titre, ils ont poussé Messi et ses coéquipiers jusqu’en prolongation. Défaite 3-2, mais une défaite qui sentait l’or fin. Le gardien Vozinha, 40 ans, devenu une star planétaire après son match nul héroïque contre l’Espagne (0-0), a encore une fois repoussé l’innommable. Mais le destin argentin a été le plus fort.
« Nous avons montré que notre qualification pour la Coupe du monde n’était pas due à la chance. Nous avons fait preuve de travail acharné et de résilience, et nous avons quitté les États-Unis la tête haute », a déclaré le sélectionneur Bubista, la voix brisée par l’émotion, en posant le pied sur le sol cap-verdien.
Une ferveur historique pour un 51e anniversaire
Ce retour au pays n’était pas un hasard. Il a coïncidé avec le 51e anniversaire de l’indépendance du Cap-Vert vis-à-vis du Portugal. Symbole fort, comme si l’histoire se répétait : après les héros de la lutte pour la liberté, voilà les héros du ballon rond.
« Après les héros qui ont combattu pour notre indépendance, nous avons maintenant ces héros : les Requins Bleus », a lancé Edmilson Correia, 28 ans, au milieu de la cohue, les yeux brillants de fierté.
Le ministre de la Culture et des Sports, Antonio Duarte, n’a pas tari d’éloges : « Ces joueurs ont consolidé le statut du Cap-Vert en tant que grande nation. » Et ce n’est pas un supporter qui lui donnera tort. Dans la foule, un jeune homme arborait un short légendaire : Lionel Messi poursuivi par un requin. Une image, un symbole. Le Cap-Vert a mordu dans le rêve, et personne ne pourra le lui enlever.
Un défilé royal et une rencontre présidentielle
Le périple ne s’arrête pas là. Après cette arrivée triomphale, les Requins Bleus ont pris place dans un bus à ciel ouvert pour un défilé dans les rues de la capitale, sous une pluie de confettis et de chants. Direction le palais présidentiel, où les attend le chef de l’État pour une réception qui s’annonce déjà historique.
Le Cap-Vert a perdu un match, mais il a gagné une identité. Ce soir, dans l’archipel, on ne parle pas d’élimination. On parle de fierté. On parle de Requins Bleus qui ont fait vibrer la planète entière.
WM



