La trêve aura été de courte durée. Ce dimanche 12 juillet 2026, à Touba, Ousmane Sonko a rouvert les hostilités avec une virulence rare. Devant les partisans du Pastef réunis pour inaugurer le nouveau siège du parti dans la ville sainte, le président de l’Assemblée nationale a tiré à boulets rouges sur Bassirou Diomaye Faye et son gouvernement, menaçant de faire tomber l’exécutif « autant de fois qu’il sera nécessaire ». Un retournement de situation spectaculaire pour celui qui, il y a encore quelques mois, était le Premier ministre et l’allié du chef de l’État.
L’actuel président de l’Assemblée nationale, qui dispose avec son parti d’une large majorité à l’hémicycle, a promis d’utiliser les motions de censure comme arme politique. « Nous avons des leviers pour lui faire face. Nous avons l’Assemblée nationale, donc nous avons des leviers pour lui faire face », a-t-il lancé, faisant trembler l’exécutif sur ses bases.
Les accusations d’Ousmane Sonko sont sans appel. Il reproche à Bassirou Diomaye Faye et à son Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, de renoncer à la renégociation de contrats stratégiques avec des multinationales sur la gestion des ressources naturelles, notamment le phosphate. Il accuse également l’exécutif de détricoter le travail accompli pour préserver le climat des affaires.
« Il faut que les Sénégalais sachent qu’ils ne sont nullement la préoccupation de Diomaye Faye », a martelé Sonko, accusant le chef de l’État de faire passer ses ambitions politiques avant l’intérêt des Sénégalais. Il a notamment pointé la dette publique, l’absence de programme avec le Fonds monétaire international (FMI), et les incertitudes liées à l’hivernage. « Quel président peut se permettre d’avoir le temps de convoquer, du matin au soir, au Palais de la République, des gens pour former un nouveau parti politique au moment où la dette est quasi impayable ? », a-t-il interrogé.
Le Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, n’a pas tardé à réagir. Sur sa page Facebook, il a répondu : « Chercher à faire du patriotisme le monopole d’un seul camp revient, précisément, à le trahir. » Une réponse qui illustre la profondeur du fossé entre les deux camps.
Ce discours marque un tournant dans la relation entre les deux hommes. Après des mois de tensions, Ousmane Sonko avait été limogé de son poste de Premier ministre le 22 mai dernier. Mais il a rebondi en étant élu, dès le 26 mai, à la présidence de l’Assemblée nationale, largement dominée par son parti, le Pastef. Un poste stratégique qui lui offre aujourd’hui une tribune et des leviers pour défier le pouvoir.
Cette nouvelle offensive intervient dans un contexte déjà tendu. Le 9 juillet, le Conseil constitutionnel sénégalais avait invalidé un texte voté par l’Assemblée nationale révisant l’équilibre des pouvoirs entre l’exécutif et le Parlement, sur fond de discorde entre les deux hommes. Désormais, Ousmane Sonko se positionne clairement en premier opposant du pays, inaugurant une nouvelle phase de la vie politique sénégalaise.



