*Elle rejoint son époux dans l’éternité
La nouvelle est tombée ce mercredi 8 juillet 2026 en provenance de Rabat, au Maroc : Hadja Andrée Touré, veuve du père fondateur de la Guinée indépendante, s’est éteinte à l’âge de 92 ans, là où elle était hospitalisée depuis plusieurs mois.
Figure à la fois emblématique et énigmatique de l’histoire guinéenne, elle fut la première Première dame du pays, de 1958 à 1984, aux côtés d’Ahmed Sékou Touré. Dans un communiqué, le président Mamadi Doumbouya a salué la disparition d’« une part vivante de notre mémoire nationale », rendant hommage à celle qu’il décrit comme « un témoin privilégié et une actrice discrète des heures fondatrices ».
Née à Kankan en 1934 d’un père médecin militaire français et d’une mère guinéenne, Andrée Touré grandit entre deux cultures. C’est à Conakry, au début des années 1950, qu’elle croise la route du futur « Grand Électeur ». Leur union est scellée en juin 1953, bien avant que le vent de l’histoire ne les porte à la tête du jeune État guinéen.
Sous la présidence de son mari, elle cultive une réserve politique assumée, préférant la discrétion aux luttes de clans. Pourtant, elle joue pleinement son rôle protocolaire : elle accompagne Sékou Touré dans ses déplacements officiels et reçoit les dignitaires étrangers, incarnant avec dignité la fonction présidentielle.
L’élément perturbateur de sa vie
Mais le coup d’État militaire de 1984, survenu juste après la mort de Sékou Touré, fait basculer sa vie. Arrêtée avec son fils, spoliée de ses biens, elle est condamnée en 1987 à une peine de travaux forcés. Libérée un an plus tard, elle entame alors un long exil entre le Maroc, la Côte d’Ivoire et le Sénégal, loin d’une Guinée qui l’a rejetée.
Il faudra attendre l’an 2000 pour qu’elle foule à nouveau le sol guinéen, avec la volonté de panser les plaies du passé. Vingt-trois ans plus tard, en 2023, elle brise définitivement le silence en publiant ses mémoires, Ma vie auprès d’Ahmed Sékou Touré. Un ouvrage-testament où elle livre sans fard sa vision de la lutte anticoloniale et des premières décennies de l’indépendance.
Avec sa disparition, c’est toute une époque faite de gloire, de contradictions et de tragédies qui s’éloigne un peu plus dans le rétroviseur de la Guinée. Mais grâce à ses confessions tardives, Andrée Touré laisse désormais aux historiens et aux jeunes générations une clé pour comprendre l’homme et le mythe Sékou Touré.
Alassane IMOROU SANDA



